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Article inspiré du livre « Entre deux horizons » de Toiha Anfiati.Entre deux horizons

J’ai voulu écrire ces lignes pour donner une voix à ceux qu’on n’entend pas. À ceux qui portent leur valise comme on porte un rêve : avec la peur au ventre mais le cœur debout. Il y a des histoires qu’on ne raconte pas pour se plaindre, mais pour se souvenir, pour comprendre, pour donner du sens à ce qu’on traverse. Celle des étudiants étrangers en fait partie. Par TOIHA Anfiati ,Toiha Anfiati : Étudiante en Master 2 de Mathématiques fondamentales à l’Université de Toulon, autrice du livre Entre deux horizons.  Ils quittent leur île, leur ville, leurs amis, leurs certitudes. Ils laissent derrière eux des voix aimées, des parfums familiers, un bout de leur enfance. Et un matin, l’avion s’élève et le monde s’élargit. Ils ne le savent pas encore, mais quelque chose d’eux restera toujours suspendu là-haut, entre ciel et terre. 


Derrière chaque départ, il y a une prière, une main serrée, un silence. Une mère qui dit “sois fort” et un père qui détourne le regard pour ne pas pleurer. Le courage commence souvent ainsi : dans le non-dit. Puis vient l’arrivée, ce pays nouveau où tout semble trop grand, trop vite, trop froid parfois. Le bruit du train, la foule anonyme, les visages pressés. Et au milieu de tout cela, une âme étrangère qui cherche un repère, un sourire, une chaleur. Les premiers mois sont une école de patience. On apprend à survivre avec peu, à sourire sans raison, à se débrouiller malgré tout. On découvre la valeur du pain partagé, de la chambre modeste, du mot gentil. On comprend que la solitude peut devenir un espace intérieur où naît la force. Entre deux horizons, il y a cette traversée silencieuse, celle que peu voient, celle que beaucoup vivent. Les étudiants étrangers avancent avec dignité, même quand le monde semble leur tourner le dos. 


Ils se lèvent tôt pour étudier, travaillent tard pour subsister, gardent la tête haute même quand le cœur ploie. Leur victoire, souvent invisible, est d’exister là où tout semblait impossible. Et puis il y a les rêves, ces lumières qui tiennent debout les âmes fatiguées. Devenir ingénieur, médecin, enseignant, chercheur, poète. Faire honneur à ceux qui ont cru, à ceux qui ont prié. Ils ne courent pas seulement après un diplôme : ils marchent vers la reconnaissance, la dignité, l’avenir. 


Mais il y a aussi la part d’ombre : les nuits blanches à réviser dans le froid, les repas sautés pour payer un livre, les mails envoyés aux familles pour dire “tout va bien” alors qu’on pleure en silence.


Et pourtant, chaque matin, ils recommencent. Parce que la foi tient lieu de boussole quand tout vacille. Étudier loin, c’est apprendre la valeur de chaque instant. C’est comprendre que la distance forge des âmes entières. C’est devenir adulte avant l’heure, solide dans le regard, humble dans les mots. C’est découvrir qu’on peut être à la fois d’ici et de là-bas, sans trahir ni l’un ni l’autre. Ils apprennent à saluer dans une langue et à prier dans une autre. À cuisiner les plats du pays d’ici avec les épices du pays de là-bas. À se forger une identité tissée de plusieurs mondes. Et peu à peu, leur cœur devient un carrefour où se croisent les voix, les langues, les espérances.  Il y a une beauté silencieuse dans cette double appartenance. Une fierté dans le mélange. Car vivre entre deux horizons, ce n’est pas être perdu : c’est être plus large, plus humain, plus vrai. C’est savoir d’où l’on vient, et marcher sans renier ni l’origine, ni le destin. Ce texte n’est pas un cri de douleur, c’est une prière d’espérance. C’est un hommage à tous ceux qui se lèvent malgré la fatigue, qui sourient malgré l’absence, qui persévèrent malgré les doutes. 


À ceux qui croient encore, même quand tout semble fermé. À ceux qui se battent sans bruit, sans bruit mais avec foi. Ils sont les ponts entre les continents, les semeurs de lumière dans les couloirs de solitude. Ils nous rappellent que la réussite ne se mesure pas seulement en diplômes, mais en courage. Et que parfois, le plus grand voyage n’est pas de traverser les mers, mais de se trouver soi-même au milieu du déracinement. 


Entre deux horizons, il y a la nostalgie et l’espoir, la douleur et la gratitude. Il y a les mots qu’on n’a pas dits, les visages qu’on n’a pas revus, les promesses qu’on garde au fond du cœur. Mais il y a aussi cette lumière intérieure, ce feu qui ne s’éteint pas. Car il n’y a pas d’exil quand on avance avec le cœur en paix. Il n’y a pas de déracinement quand la foi demeure. Il n’y a pas de solitude quand on marche avec un rêve plus grand que soi. Ce texte est pour eux. Pour nous. Pour tous ceux qui, un jour, ont choisi de partir sans savoir s’ils reviendraient, mais avec la certitude qu’ils ne seraient plus jamais les mêmes. 

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