Conférence de Nourdine Mbae – 21 novembre à Sarcelles, en collaboration avec Udzima Culture
- Younoussa Hassani
- 2 févr.
- 5 min de lecture

Dans un monde où les langues africaines luttent pour survivre face à l’uniformisation culturelle, Mr.Nourdine fait vibrer le Shikomori à travers son recueil Tsozi Dalao. Entre lyrisme, critique sociale et hommage aux racines, ses poèmes redonnent voix à une culture et interpellent les jeunes générations, ici comme dans la diaspora. Rencontre avec un homme qui fait de la poésie un acte patriotique et identitaire.
Propos recueillis par Mohamed Issihaka, médiateur culturel Al-Mashawiri-Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment est née votre vocation pour la poésie ?
Nourdine MBAE DJAE -Tout d'abord permettez moi de remercier votre journal et votre équipe pour votre activité journalistique et l'estime que vous portez à moi de même que l'intérêt qu'à suscité mon modeste travail poétique.
Je suis un Mkomori comme vous et au-delà je suis enseignant et père de famille comme tant d'autres de mes compatriotes. La vocation poétique viendrait sans doute de ma grand-mère maternelle, feue Rahamati Hadji wa djumbe fumu. Elle était une poétesse reconnue, dotée d’un talent particulier, et portait en elle le shikomori comme son plus beau moyen de communication et de séduction. Je pense que j'ai hérité une infime partie de ses accents d'autant que ma mère, Mariama Mohamed reprenait les refrains pour nous bercer et que mon père MBAE DJAE parlait le shikomori du terroir, un langage non perturbé par cette espèce de créolisation à laquelle nombreux trébuchent avec des mots français quand ils s'exprimer en shikomori.
Al-Mashawiri-Que signifie Tsozi dalao et quel message central porte ce recueil poétique ?
Nourdine MBAE DJAE- Le titre semble en effet paradoxal, un certain oxymore à même de surprendre le Msomadji, le lecteur pour reprendre la langue de l'envahisseur et impérialiste. Ça respire à priori une dynamique d'accroche du type Les fleurs du mal, avec un ordre inversé tant dans le titre en shikomori, le Tsozi, élément à priori de tristesse, qui engendre le bien, le Dalao. Or, chez Baudelaire Les Fleurs, tout en étant un substantif de félicité, mais génèrent le mal. Au-delà de ces aspects stylistiques, Tsozi dalao est l'expression d'une détresse patriotique et amoureuse sur trois volets ; la valorisation de notre shikomori, la dénonciation de la gestion de notre pays et l'amour de son prochain.
Al-Mashawiri-Pourquoi avoir choisi d'écrire exclusivement Tsozi dalao en shikomori ?
Nourdine MBAE DJAE-La réponse est esquissée ci-haut s'agissant de la question ayant porté sur le message central du recueil.
Autrement, il s'agissait de matérialiser et démontrer la capacité qu'a notre langue, le shikomori pour faire et dire la poésie, faire et renforcer la littérature par notre langue. En effet, une langue ne vit pas, ne survit si elle n'est pas mise en mouvement. L' écriture et la chanson sont un moyen important à préserver et à promouvoir.
Al-Mashawiri-Quels sont les thèmes majeurs qui traversent vos poèmes et comment ils étaient inspirés ?
Nourdine MBAE DJAE -J'ai dénoncé l'état des prisons de notre pays à travers Gerezani, de même que la tyrannie à travers Puhu et Pandzi entre autres. Cependant, je ne suis resté sur un registre exclusif d'attaque et d'énonciation. J'ai pu parfois être très lyrique, sentimental, voir philosophique en parlant de Tsozi, Uri wawe et Gori la Ndziya. C'est vrai un recueil au sens le plus ouvert et chaque fois j'ai été inspiré par des événements concrets autour de moi, ma famille et mon pays, de même que l'envie de dire les choses en shikomori, étant convaincu que notre luha est aussi riche.
Al-Mashawiri-Quelle place occupe aujourd'hui la poésie en langue comorienne dans notre société ?
Nourdine MBAE DJAE -Je suis optimiste quant à la volonté des cercles Mbaye TRAMBWE et autres mouvements qui font des Slams en Shikomori. Je pense que le Pohori de notre langue occupe une place remarquable et cette dynamique doit être poursuivie pour gagner encore du terrain.
Al-Mashawiri-Comment le public notamment les jeunes accueille-t- il votre oeuvre poétique ?
Nourdine MBAE DJAE -Je ne peux pas suffisamment mesurer l'impact. Cependant, je note quelques intérêts notables parmi les milieux intellectuels et scolaires. Le livre est paru en 2023, en juin et à l'été suivi j'ai pu faire une conférence à Chezani dans le Mbwakuu. J'ai également vu un professeur de français originaire de Vuvuni accueillir le livre avec beaucoup d'enthousiasme au point d'extraire des passages pour des travaux pédagogiques avec les jeunes lycéens. À cela s'ajoute une conférence organisée le 21 décembre dernier à Sarcelles par Udzima culture, la quelle conférence a réussi également à imprégner une densité intellectuelle sur le paysage Komori.
Al-Mashawiri-Vous avez justement animé une conférence en île de France organisée par Udzima culture. Quel souvenir en gardez-vous et quels échanges vous ont le plus marqué ?
Nourdine MBAE DJAE -Je suis globalement satisfait. Les invités et toute l' assistance étaient au rendez-vous. Le débat fut bien animé. Les présences très remarquables de Dr Ibrahim Barwane, Professeur Salim Youssouf Idjabou, Dr Wadjih, Dr Mahmoud Ibrahime entre autres ont rehaussé la dynamique du débat. Au sujet de la collaboration avec Udzima culture, j'en garde un excellent souvenir de par les échanges courtois et professionnels ayant précédé le conférence, puis pendant la prestation du Dimanche 21 décembre 2025 et qui se sont poursuivis depuis.
Al-Mashawiri-En quoi l'action des médiateurs culturels tels que Mohamed Issihaka à Paris et Kamar Eddine Ben Abdallah à Marseille est-elle déterminante pour faire vivre la culture comorienne auprès de la diaspora, notamment des jeunes générations ?
Nourdine MBAE DJAE -C'est une pertinente initiative le fait que des compatriotes se mobilisent et ambitionnent de promouvoir notre culture. J'ai souvent discuté avec eux et je trouve que l'envie et la détermination sont incorporés. Il faudrait que d'autres initiatives notamment parmi les notables avertis et la jeunesse les accompagnent.
Al-Mashawiri-Quels sont selon vous les principaux défis auxquels font face aujourd'hui les auteurs qui écrivent en shikomori ?
Nourdine MBAE DJAE -Ils sont nombreux sans doute, notamment le fait que le shikomori n'est toujours pas intégré, sinon bien intégré dans l' enseignement national. Les règles grammaticales sont donc peu connues, ce qui retarde l'engouement et l'essor d'une telle écriture et d'une efficace réception parmi les lecteurs.
Al-Mashawiri-Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse comorienne, en particulier à celle qui est née en France au sujet de la langue et de la culture comorienne ?
Nourdine MBAE DJAE -Le message est bref, cependant claire et limpide : Qu'elle s'intéresse à ses aïeux et ses origines or la langue, c'est à dire le shikomori est le premier biais pour un tel cheminement, un itinéraire somme toute patriotique.

Par Nourdine Mbaé
Tsozi ɗalao zinu mɓwana, shinu iɗumɓio, yanu mahaɓa. Ndravu zazingarana pvwadzima harimwa omri wah’eshiyo usomao. Zinu swanaâ za makalima, ili zikaye mguguma wa utsambaza “Puhu”, “Pandzi” na “Nyungu ya maɓanguzi”. Emsomadji ɓaâda leɓwe lapveshewa “Mlanawo”, ngudjohundra ɓurda harimwa “Nyandzo” hau “Fulera dzima”, nge ko yadjohamɓa “Twamaya”.



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