Entretien avec Halda Hassani : une voix entre écriture et oralité
- Younoussa Hassani
- 13 janv.
- 5 min de lecture

Dans un monde où la parole se bat pour exister, certaines voix choisissent la sincérité plutôt que le bruit.
Halda HASSANI, institutrice, slameuse et auteure originaire de Hahaya, fait partie de ces artistes qui écrivent pour dire, slament pour transmettre et parlent pour celles et ceux que l’on n’écoute pas toujours.
Découverte du slam par curiosité, révélée par la persévérance, Halda a su imposer une voix singulière, loin de l’imitation, proche du vécu. De la scène comorienne aux projecteurs de la Coupe d’Afrique de Slam Poésie à Conakry, jusqu’à la publication récente de son livre chez L’Harmattan, son parcours est celui d’une femme qui observe, ressent et transforme le quotidien en mots.
Dans cet entretien, elle revient sans artifices sur son cheminement, ses inspirations, son rapport à l’écriture, au slam, à l’engagement et au présent. Propos recueillis par Y.Hassani Al-Mashawiri: Pouvez-vous nous raconter votre parcours et comment vous êtes arrivée au slam ?
Halda: J’ai connu le slam en 2013/2014 à travers des vidéos que me montrait mon grand frère. En 2015, j’ai appris que le slam existait aux Comores et qu’il y avait des slameurs ici. Alors je me suis inscrite pour le championnat national, après quelques ateliers organisés par DaGenius, le père du slam comorien. Ma première scène slam fut alors ma première participation à la première édition du championnat national. J’ai été vite sortie de la compétition, premier round, j’ai été éliminée.
Al-Mashawiri : Quelles ont été vos premières sources d’inspiration dans l’écriture et le slam ?
Halda : Première source d’inspiration dans l’écriture : Salim Hatubou, qu’Allah lui accorde son Salut. On me disait qu'il était écrivain et la première fois que j’ai vu un livre de lui, je me rappelle c'était "les contes de ma grand-mère ", quand j'ai vu ce livre qui portait le nom de Salim Hatubou, je me suis dit, qu’un jour, mon nom aussi sera sur la couverture d'un livre. J’avais une dizaine d'années à l’époque et l'idée d’écrire un livre un jour ne m’a plus quittée.
Mon inspiration dans le slam : Grand Corps malade avec sa voix grave, ses rimes et son style unique, il y a aussi Abdal Malik et Gaël Faye. Je les écoutais et j’écrivais des rimes puisque avant je n’écrivais que des histoires imaginaires. Al-Mashawiri : Y a-t-il un événement particulier qui vous a poussée à prendre la parole sur scène ?
Halda : Y a pas d’événement particulier qui m’a poussé sur scène. C’est juste que j'étais heureuse d'apprendre que le slam existait aux Comores et j’ai voulu moi aussi faire. Alors je l’ai fait une fois et puis une autre fois et voilà...
Al-Mashawiri : Comment décririez-vous le slam à quelqu’un qui ne le connaît pas ?
Halda : Le slam est un art oratoire, une création propre à soi, présentée à un public.
Al-Mashawiri : Selon vous, quelle est la force du slam par rapport à d’autres formes d’expression artistique ?
La force du slam réside dans l’écoute. Peu importe ce qu'on propose à l’autre, celui-ci reste attentif et écoute. Quand on parle de slam, on parle d’écoute.
Al-Mashawiri : Lors de votre récente participation à la Coupe d’Afrique de Slam Poésie à Conakry, quel message avez-vous voulu transmettre ?
Halda : Dernièrement à la coupe d’Afrique de slam poésie en Guinée, j’ai rendu hommage à la femme. La femme battante, toutes celles qui ont lutté quelques soit leur causes, j’ai parlé de Rosa Parks, de Moinaecha cheikh Ahmed, ces femmes qui ont mené la lutte Pour l’éducation ou l’émancipation ou même la liberté, j’ai parlé de la femme aussi frustrée, Pointée du doigt, à cause de ses croyances, ou même de sa couleur de peau... J'ai rendu aussi hommage à la femme illettrée.
Le message des autres textes était sur l’esclavage.
Al-Mashawiri: Comment préparez-vous vos textes pour la scène ? Est-ce spontané ou structuré ?
Halda: Je ne saurais dire comment je prépare mes textes. Des fois, je choisis un thème et je traite, des fois je me lance et je vois ce que ça donne
Al-Mashawiri : Votre livre Insomnies a été récemment publié à L’Harmattan. Qu’est-ce qui vous a motivée à passer de la scène au papier ?
Halda: Je ne suis pas passée de la scène au papier, c'est plutôt l'inverse. J'écrivais bien avant que je découvre le slam.
Il n'y a pas de lien entre mes performances scénique et les textes de mon livres. Ce sont deux choses différentes.
Al-Mashawirir : Quels thèmes vous tiennent particulièrement à cœur dans votre ouvrage ?
Halda : Dans mon ouvrage, les thèmes qui me tiennent à cœur, ce sont l’amour, l’abandon, la trahison, le sacrifice...
Al-Mashawirir : Comment espérez-vous que vos lecteurs réagissent à votre livre ? Y a-t-il des slameurs, poètes ou auteurs qui ont particulièrement influencé votre style ?
Halda : J'espère que les lecteurs vont aimer, qu'ils seront touchés par mes mots.S'il y a des slameurs, Poètes ou auteurs ayant influencé mon style ? Et bah, je ne suis même sûre que j’aie un style.
Ce que je sais, c'est que je fais tout pour ne pas imiter. Quelque soit la chose, slam et ou écriture, j’essaie de ne pas imiter.
J’aime proposer quelque chose de propre à moi, du Halda comme certains le disent. Et si je l’ai déjà fait, c'est que j’ai pas fait exprès. Après je ne dis pas que je n’ai pas de modèle, oh que si.
Al-Mashawirir : Quels messages ou causes souhaitez-vous défendre à travers votre art ?
Halda : Les textes que j’écris sont le fruit du quotidien, de ce qu'on vit, de ce que
les autres vivent. J’observe et j’écris. J'imagine aussi, je me projette,...
J'ose espérer que le slam peut faire changer les choses, qu'il peut être plus qu'une expression personnelle.
Les causes que je défends sont nombreux. Après ça dépend aussi. Écrire c'est regarder l'autre, se faire tatouer l’autre sur le cœur, lutter pour soi, pour l'autre, contre soi, contre l’autre...
Al-Mashawiri : Comment percevez-vous l’évolution du slam dans votre pays et à l’international ?
Halda : Le slam à l'international, j’ai vu, c'est du haut niveau. Mais on n’est pas très loin. Avec un peu de travail, on peut atteindre et même dépasser. Mais en ce moment, je peux dire qu’on est pas trop top contrairement à d'autres pays africains
Al-Mashawirir : Quels sont vos prochains projets, que ce soit sur scène ou dans l’écriture ?
Halda : Je n’ai pas de projet. Je me concentre sur le présent, le livre surtout comme la coupe d’Afrique de slam poésie est finie. Je dois penser à rencontrer mes lecteurs, à faire découvrir mon livre. Pour l’avenir, on verra, peut-être y aura d'autres livres, d’autres scènes mais pour le moment, je ne sais pas
Al-Mashawirir : Avez-vous envie d’explorer d’autres formes artistiques, comme le théâtre ou la musique ?
Halda : Non, je ne me vois pas explorer d’autres formes artistiques, non seulement que je n’en ai pas envie mais je n'ai pas le talent. Mon talent réside dans l’écriture.
Al-Mashawirir : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent se lancer dans le slam ou l’écriture poétique ?
Halda : Et pour les jeunes qui voudraient se lancer dans la scène ou l'écriture, mon conseil est celui-ci : écrivez, écrivez et lancez-vous!



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