Entretien Salon de l’entrepreneuriat culturelParis, 5 novembre 2025
- Younoussa Hassani
- 7 janv.
- 3 min de lecture

À l’heure où les cultures minoritaires cherchent à se transmettre au-delà des frontières et des générations, certaines initiatives se distinguent par leur engagement et leur vision. Udzima Culture, créée par Mohamed Issihaka, médiateur culturel comorien installé en France, s’inscrit pleinement dans cette dynamique de sauvegarde et de valorisation du patrimoine immatériel comorien .
Née d’un constat simple mais alarmant — la perte progressive de la langue et de la culture comoriennes chez les jeunes générations de la diaspora — Udzima Culture œuvre pour structurer la transmission culturelle à travers des actions éducatives, linguistiques et artistiques. Après six mois d’accompagnement au sein d’un programme d’accélération dédié à l’entrepreneuriat culturel, le projet franchit une étape décisive.
À l’occasion du Salon de l’entrepreneuriat culturel, tenu à Paris le 5 novembre 2025, Al-Mashawir est allé à la rencontre de son fondateur. Dans cet entretien, Mohamed Issihaka revient sur la genèse de Udzima Culture, les enseignements tirés de l’accompagnement, et les perspectives d’avenir d’un projet qui place la culture comorienne au cœur de la transmission et du vivre-ensemble. Propos recueillis par Younoussa Hassani Al-Mashawiri : Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment est né le projet Udzima Culture ?
Bonsoir à toutes et à tous,
Je m’appelle Mohamed Issihaka. Je suis médiateur culturel et fondateur de Udzima Culture, une agence dédiée à la promotion de la culture comorienne en France.
L’idée de créer Udzima Culture est née d’un constat personnel. En France, de nombreux enfants d’origine comorienne ne parlent plus, ou très peu, la langue de leurs parents. Progressivement, la langue et la culture se perdent. C’est cette réalité qui m’a poussé à commencer, de manière officieuse, à donner des cours de langue comorienne.
Pendant près d’un an, j’ai animé ces cours tout en travaillant à temps partiel. À mon arrivée en France, j’avais l’amour de ma culture et de l’art de manière générale, mais je n’avais pas encore en tête un projet structuré. Je cherchais avant tout à travailler et à trouver une certaine stabilité financière. C’est au contact des Comoriens et des membres de la diaspora que j’ai pris conscience de ce besoin. Les familles me sollicitaient de plus en plus pour transmettre la langue à leurs enfants, et la volonté de développer cette activité s’est imposée naturellement.
C’est à ce moment-là qu’un ami vivant à Marseille, Kamar Eddine Ben Abdallah, animateur culturel, Directeur de l’Agence comorienne pour la promotion culturelle, et avec qui j’ai partagé les bancs de l’Université de Conakry, m’a parlé du programme de l’Accélérateur. J’ai alors compris que j’avais besoin d’un accompagnement pour structurer et développer ce projet. C’est ainsi que j’ai rejoint l’Accélérateur. Aujourd’hui, avec Udzima Culture, mon objectif est de structurer ce travail et de lui donner une véritable dimension éducative et culturelle.
Al-Mashawiri : Dans quel état d’esprit étiez-vous au début de l’accompagnement au sein de l’accélérateur ?
Au début de cet accompagnement, j’étais très motivé et animé par une grande curiosité. J’avais envie de comprendre, d’apprendre et d’acquérir de nouvelles compétences. Je posais beaucoup de questions, aussi bien sur le contenu de l’accompagnement que sur des domaines nouveaux pour moi, notamment l’informatique. Cette curiosité traduisait surtout mon engagement et ma volonté de faire évoluer le projet.
Al-Mashawiri : Quels ont été les principaux axes de travail durant ces six mois d’accompagnement ?
Nous avons travaillé sur plusieurs axes essentiels, notamment la structuration du projet, la clarification de la vision, ainsi que les aspects juridiques et financiers. Ces étapes ont été déterminantes pour transformer une initiative culturelle engagée en un projet solide et durable.
Al-Mashawiri : En quoi cet accompagnement a-t-il transformé votre posture de médiateur culturel ?
Avant l’accompagnement, je me positionnais avant tout comme un passionné de culture et de transmission. Grâce à l’accélérateur, j’ai appris à structurer ma démarche et à me positionner aussi comme un porteur de projet culturel. Aujourd’hui, je me sens plus à l’aise pour présenter Udzima Culture, dialoguer avec des partenaires et inscrire mes actions dans une vision à long terme. Al-Mashawiri : Que représente pour vous votre participation au Salon de l’entrepreneuriat culturel à Paris ?
Ce salon marque l’aboutissement de six mois de travail. C’est un espace de visibilité, de rencontres et d’échanges avec d’autres entrepreneurs culturels. Être présent ici confirme la légitimité de notre démarche et ouvre de nouvelles perspectives pour Udzima Culture.
Al-Mashawiri : Quels sont les prochains projets d’Udzima Culture ?
Nous souhaitons renforcer les actions de médiation culturelle, développer de nouveaux ateliers autour de la langue et de la culture comoriennes, et consolider les partenariats avec les institutions et les acteurs culturels, tout en restant fidèles à nos valeurs de transmission et de partage.
Al-Mashawiri : Un message à adresser aux lecteurs du journal Al-Mashawir ?
J’aimerais encourager les lecteurs, en particulier les jeunes, à croire en la culture comme un véritable levier d’avenir. Nos langues, nos traditions et nos histoires sont des richesses qu’il est essentiel de préserver, de structurer et de transmettre.



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