Interview de Nouraïma Nourou Mlanaoindrou Étudiante comorienne en agronomie à l’École Nationale d’Agriculture de Meknès (Maroc)
- Younoussa Hassani
- 2 nov. 2025
- 5 min de lecture

Aux Comores, l’agriculture reste la principale source de subsistance pour une grande partie de la population. Pourtant, ce secteur vital fait face à d’énormes défis : faible productivité, manque de formation technique, dépendance aux importations et effets dévastateurs du changement climatique. Dans ce contexte, chaque jeune Comorien formé à l’étranger dans le domaine agricole représente une lueur d’espoir pour le renouveau de notre terre.
C’est le cas de Nouraïma Nourou Mlanaoindrou, originaire de Diboini, étudiante à l’École Nationale d’Agriculture de Meknès au Maroc, qui incarne la nouvelle génération d’agronomes comoriens déterminés à comprendre, protéger et valoriser nos cultures.
À travers son parcours inspirant, elle nous invite à redécouvrir la noblesse de la terre et l’importance de ceux qui la cultivent. Propos recueillis par Mohamed Issihaka Al-Mashawiri: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Nouraïma : Je m’appelle Nouraïma Nourou Mlanaoindrou, d’origine comorienne, plus précisément de la Grande-Comore, et je viens de Diboini.
Après l’obtention de mon baccalauréat, j’ai poursuivi mes études universitaires au Maroc, à l’École Nationale d’Agriculture de Meknès (ENA).
Quel est votre parcours universitaire ?
Nouraïma : J’ai fait cinq années d’études au sein de la même école.
D’abord, j’ai effectué deux ans de classes préparatoires, puis j’ai intégré le cycle ingénieur. Ce dernier est divisé en deux parties :
une formation générale en agronomie,
puis, en quatrième année, j’ai choisi de me spécialiser en protection des plantes et de l’environnement, aussi appelée phytiatrie.
Al-Mashawiri: Pourquoi avoir choisi le domaine de l’agronomie ?
Nouraïma : Il y a de cela quelques années, j’ai choisi l’agronomie, principalement dictée par mon âme d’enfant : depuis petite, ce domaine me passionnait.
Pour ce qui est du choix de ma spécialité, c’est différent. Après quatre années à apprendre beaucoup de choses sur les plantes,les animaux et les producteurs, toutes les options me paraissaient intéressantes.
Mais la phytiatrie avait quelque chose en plus : c’est une discipline qui ne se limite pas à la productivité des plantes, elle t’invite à comprendre qu’une plante peut tomber malade, se faire agresser, communiquer son mal… et être soignée.
Al-Mashawiri: Pourquoi avoir choisi le Maroc pour vos études ?
Nouraïma : Je n’ai pas forcément choisi le pays : j’ai obtenu une bourse qui me permettait d’étudier où je voulais, et je suis donc venue au Maroc.
Al-Mashawiri: Comment s’est passée votre intégration au Maroc ?
Nouraïma : Pour moi, le Maroc n’est pas un pays compliqué.
On y trouve de bonnes personnes et d’autres, comme partout, mais Alhamdulillah, je suis souvent tombée sur des gens au bon cœur.
Je n’ai donc pas eu de mal à m’intégrer socialement.
À l’université, cela a été facilité par la présence d’autres étudiants non marocains comme moi.
Je tiens à ajouter que le Maroc m’a beaucoup apporté humainement : les liens que j’y ai créés me sont précieux.
Al-Mashawiri: Quels souvenirs gardez-vous de vos années d’études au Maroc ?
Nouraïma : J’ai énormément de bons souvenirs, notamment :
les moments passés avec mes amies et mes sœurs,
les familles marocaines qui m’ont accueillie,
des professeurs bienveillants,
et surtout les instants partagés avec CETENAM, la communauté des étudiants non marocains de mon école.
Al-Mashawiri: Pouvez-vous nous parler de votre travail de fin d’études ?
Nouraïma : Mon travail avait pour objectif d’établir un diagnostic phytosanitaire au sein de la ferme où je travaillais.
Concrètement, il s’agissait de : faire des inspections,
prélever des échantillons,
analyser et identifier les problèmes phytosanitaires (insectes nuisibles, maladies, mauvaises herbes, etc.),
afin de relever tout élément pouvant porter préjudice à la culture de l’avocatier.
Ensuite, nous avons testé des produits phytopharmaceutiques pour proposer une stratégie de lutte contre les bioagresseurs identifiés.
Al-Mashawiri: Pourquoi avoir choisi l’avocatier comme culture d’étude ?
Nouraïma : Ce n’est pas moi qui ai choisi la culture ; dans notre cas, c’est l’encadrant qui le fait. Il a choisi l’avocatier parce que, pour le Maroc, c’est une culture nouvelle, en plein essor économique, et encore peu étudiée.
Mais j’ai accepté ce choix car l’avocatier existe aussi chez nous, aux Comores.
Al-Mashawiri: Quelles étaient vos principales activités sur le terrain ?
Nouraïma : De manière générale, il s’agissait de :
surveiller régulièrement les parcelles,
identifier les ravageurs en laboratoire,
suivre leur évolution,
installer des essais de traitement,
puis évaluer l’efficacité des produits testés.
Al-Mashawiri : Quels bioagresseurs avez-vous identifiés ? Nouraïma : Nous en avons identifié plusieurs, notamment :
des insectes,
des araignées,
des mollusques (escargots),
des mauvaises herbes,
et un virus phytophage.
Dans le monde de la protection des plantes, Oligonychus perseae, appelé aussi acarien de l’avocatier, est connu pour causer d’importants dégâts et pertes de rendement.
Lorsqu’il attaque, la plante peut perdre toutes ses feuilles.
Quant aux pucerons, ils ne sont généralement pas très nuisibles à l’avocatier, mais nous avons trouvé une infestation intéressante sur le terrain, que nous avons étudiée.
Al-Mashawiri: Quels sont, selon vous, les principaux défis de la phytiatrie aujourd’hui ?
Nouraïma : Le changement climatique est, selon moi, le principal défi, comme pour d’autres cultures.
Aujourd’hui, nous étudions la vie des ravageurs pour contrôler leurs attaques, mais avec la hausse des températures, ils changent de comportement, ce qui compromet l’efficacité des stratégies de contrôle.
De plus, l’avocatier est physiologiquement très sensible au climat, ce qui le rend encore plus vulnérable.
Al-Mashawiri: Souhaitez-vous poursuivre vos recherches aux Comores ?
Nouraïma : Oui, peut-être pas sur l’avocatier, mais sur d’autres cultures à fort potentiel économique pour notre pays.
Al-Mashawiri: Souhaitez-vous poursuivre vos recherches aux Comores ? Nouraïma : Oui, peut-être pas sur l’avocatier, mais sur d’autres cultures à fort potentiel économique pour notre pays.
Al-Mashawiri: Quel est le principal enseignement que vous tirez de votre expérience ?
Nouraïma : Le principal enseignement est que la réalité du terrain est très différente de ce qu’on imagine, mais le terrain est vivant et te surprend chaque matin. Al-Mashawiri: Quels sont vos projets actuels ?
Nouraïma : Pour le moment, je pense à travailler.
Al-Mashawiri: Envisagez-vous de rentrer aux Comores ?
Nouraïma : Oui, j’espère rentrer très prochainement, In shâ Allah.
Al-Mashawiri: Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes Comoriens ? Nouraïma : Je n’ai pas particulièrement de message pour ceux qui souhaitent partir à l’étranger, mais plutôt pour ceux qui sont passionnés par un métier.
Du moment que le métier est noble et respecte nos valeurs de musulmans et d’humains, ne vous limitez pas à ce que les autres pensent de vous ou de votre choix.
Aimer ce qu’on fait fait toute la différence. Alors, quand l’occasion se présente, apprenez ce métier que peu vous suggèrent.
Al-Mashawiri: Un dernier mot pour le journal Al-Mashawiri ?
Nouraïma : Je souhaite remercier l’équipe du journal pour l’initiative de valoriser le travail de chaque étudiant.
Nous espérons que tous nos efforts porteront leurs fruits.



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