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Jeux des îles Comores 2027 : l’océan Indien face au miroir de sa lâcheté.

L’Union des Comores est à un tournant de son histoire diplomatique. À l’aube des Jeux des îles de l’océan Indien, qu’elle accueillera pour la première fois en 2027, le pays se heurte à un dilemme qu’il ne pourra plus esquiver : continuer d’exiger la souveraineté sur Mayotte tout en acceptant, en silence, sa participation en tant que « délégation sportive ». Ce double langage, entretenu par commodité depuis plus de deux décennies, touche désormais à ses limites. Mais il serait injuste de ne pointer que l’incohérence comorienne. Car cette mascarade diplomatique repose aussi – et surtout – sur une complicité régionale à peine déguisée, nourrie par les silences délibérés des autres États de l'océan Indien. Par Dr AHMED BACAR REZIDA Mohamed, Médecin, Economiste de la Santé et Ecrivain. Une revendication nationale étouffée sous les applaudissements sportifs.

Depuis 1975, l’Union des Comores répète inlassablement, sur toutes les tribunes internationales, que Mayotte est comorienne.Elle en appelle au droit international, à l’esprit du référendum d’indépendance, aux résolutions répétées de l'Assemblée générale de l’ONU. Et pourtant, tous les quatre ans, à chaque édition des Jeux, les autorités comoriennes acceptent que cette « île occupée » soit présente dans les stades, inscrite sur les listes, applaudie sur les podiums — à condition qu'elle le fasse silencieusement, sans hymne ni drapeau. Cela suffit, semble-t-il, à préserver les apparences. Mais combien de temps encore ce simulacre tiendra-t-il debout sans s’effondrer sous le poids de son absurdité ? 

Cette stratégie, qualifiée pudiquement de « compromis diplomatique », s’apparente en réalité à une capitulation larvée, un aveu d’impuissance camouflé derrière le langage feutré de la « fraternité insulaire ». En laissant Mayotte concourir sous bannière neutre, Moroni ne conserve que les symboles du combat tout en abandonnant le contenu réel. Face au monde, les slogans nationalistes sont répétés ; devant les instances sportives régionales , c’est la reddition douce qu’on pratique. Faudra-t-il se rappeler que c’est aux 7es jeux des îles de l'océan Indien tenus à Madagascar en 2007 que le chef de l’Etat comorien, le colonel Azali, a accepté que Mayotte participe en tant que tel, autorisant ainsi l’abandon du label « France de l’Océan Indien » qui regroupait la Réunion et Mayotte instauré en 2003 ? Ironie du sort ou simple considence ? Allahu ya anlam ! 


2027, le grand test : tolérance ou trahison ?

Quand les Comores accueilleront les Jeux sur leur propre sol, cette contradiction atteindra un niveau presque grotesque. Comment un État peut-il organiser une compétition où participera officiellement un territoire qu’il considère comme volé ? Comment prétendre défendre sa souveraineté tout en déroulant le tapis rouge aux représentants de l’île spoliée ?

Refuser la délégation mahoraise serait conforme au discours diplomatique comorien, mais c’est s’exposer aux griefs du Conseil international des Jeux, à la menace d’un boycott, voire au retrait pur et simple de l’événement. L'accepter reviendrait à institutionnaliser définitivement ce que Moroni n’a jamais voulu reconnaître que la défaite diplomatique sur Mayotte est consommée, et que la région vit, de fait, avec ce choix.

Le régime comorien devra donc choisir entre la fidélité à ses principes ou le renoncement sous prétexte de « paix régionale ».


L’océan Indien, entre lâcheté et cynisme.

Mais derrière ce grand théâtre diplomatique, un fait est sans équivoque : les Comores sont seules à mener ce combat, abandonnées à leur propre sort. Aucune autre île participant aux Jeux ne s’est  jamais rangée, même timidement, derrière la revendication comorienne. Aucune capitale – ni Antananarivo, ni Port-Louis, ni Victoria – n’a osé remettre en cause la légitimité de la présence française à Mayotte, même lorsque l’occasion lui en était donnée, même symboliquement.

Madagascar, dont les leaders crient au néocolonialisme à chaque sommet africain, ne souffle pas un mot sur la situation mahoraise. Elle qui revendique à tue-tête les îles Eparses. Maurice, chantre de « l’unité insulaire », préfère préserver ses bonnes relations commerciales avec Paris. Les Seychelles valorisent l’intégration régionale mais ne veulent pas froisser un bailleur de fonds européen majeur. Quant à La Réunion, elle est à la fois partie prenante et protagoniste silencieux de cette anomalie géopolitique. Résultat : une omerta stratégique, où les principes sont mis de côté pour ne pas entamer les profits.

Ce silence n’est pas neutre. Il est le choix conscient du confort diplomatique, de la soumission à la puissance dominante dans la zone et du refus de voir plus loin que le prochain accord de coopération économique ou militaire avec la France.


Le sport comme alibi au renoncement politique

Tous prétendent que « le sport doit rester apolitique ». C’est le refrain préféré des hypocrites. Car dans cette région, le sport est tout sauf apolitique. Il devient le masque commode du renoncement collectivement organisé. Le terrain de football, la piste d’athlétisme deviennent les théâtres d’une guerre évitée, d’une vérité contournée : « que Mayotte, en participant ainsi aux Jeux, est intégrée de fait comme une île indépendante, du moins dans l’imaginaire régional. »

Ainsi, par frilosité collective, les Jeux de l’océan Indien deviennent une fabrique du mensonge, une cérémonie régionale de validation tacite du statu quo, un madziho diplomatique de la revendication comorienne, avec fleurs, hymnes neutres et silence gêné.


2027 sera l’année du jugement.

L’année qui arrive ne sera pas simplement celle d’un tournoi sportif organisé sur le sol comorien. Elle marquera l’instant de vérité. On y saura si les autorités comoriennes ont encore la force d’être cohérentes avec elles-mêmes ou si elles préfèrent noyées dans les acclamations sportives, abandonner ce qui représentait le cœur de leur identité nationale depuis l’independance : la défense intransigeante de leur intégrité territoriale.

On y verra aussi si les autres pays de la région continueront de fermer les yeux, ou s’ils seront prêts, enfin, à reconnaître leur propre ambivalence dans ce drame à huis clos. Car à force de rendre hommage au sport tout en piétinant leur propre discours sur la souveraineté, les îles de l’océan Indien risquent de se retrouver demain sans crédibilité, ni cohérence. Dans un monde où les discours sur la justice et la décolonisation fleurissent à chaque sommet international, le sort de Mayotte prouve qu'en matière d'engagement, la région sait parfaitement se taire quand cela l’arrange. Et alors, que vaudra cette paix régionale entretenue à coup de silences honteux, de politiques démagogiques, si elle se construit sur l’humiliation répétée, sur le piétinement d’une revendication légitime, celle des Comores sur une partie de son territoire ainsi chapardée ?

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