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L’Assassinat du MONGOZI : Une véritable calamité nationale

Dernière mise à jour : 25 août 2025


ALI Soilih Mtsashiwa est né le 7 janvier 1937 à CHOUANI dans la région de HAMBOU, en GRANDE-COMORES d’une mère de CHOUANI et d’un père de NTSOUDJINI capitale de la région d’ITSANDRA-HAMANVOU. Dans son enfance, ALI SOILIH a connu l’exil, ramené à MADAGASCAR par sa mère suite à la séparation de ses parents. Dans l’esprit de ses détracteurs et ennemis politiques beaucoup pensaient qu’il était né à Madagascar en le qualifiant avec un attribut réduisant l’authenticité de sa comorianité. Doté d’une intelligence remarquable le jeune ALI SOILIH fait ses études primaires et secondaires à MADAGASCAR, au lycée GALLIENI jusqu’à la classe de 3ème et au lycée agricole d’AMBATOBE dans la banlieue de TANANARIVE. Mais c’est en France où il poursuit avec succès ses études universitaires à l’Institut d’études d’Agronomie tropicale de Nogent-sur-Marne et à l’institut d’étude du développement économique et social à Paris. Il profite de son séjour à PARIS pour s’intéresser pleinement à la culture occidentale et à la politique en lisant les œuvres de LENINE, MARX, ENGELS et MAO TSE TSOUNG. A travers ces lectures, ALI SOILIH découvre la souffrance de paysans et du prolétariat et s’imprègne alors avec le temps d’une idéologie progressiste et socialisante. 


Par Boina MLANAOINDROU 




e retour aux Comores, ALI SOILIH connait une ascension fulgurante. Avec son diplôme d’ingénieur agronome et la création en 1964 de la SODEC (société pour le développement des Comores) dont il est le premier Président-directeur, le jeune ALI SOIIH profite de cette occasion pour nouer des liens solides avec le monde rural avec qui il compte  s’appuyer pour sa montée en politique. C’est ainsi qu’il crée de sa propre initiative la société national d’encadrement rural. Grâce à son engagement et à son goût pour le travail agricole, il obtient rapidement la sympathie des milieux ruraux qui lui servent de fer de lance dans son entrée en politique à partir de 1968 où il est élu député sous l’étiquette du parti MRANDA, le parti des travailleurs en opposition aux partis dirigés par les aristocrates, les partis VERT et BLANC. Véritable stratège, le jeune agronome, nommé ministre de l’équipement et du tourisme en 1970 par le prince SAID IBRAHIM, réussira après la chute du gouvernement victime d’une motion de censure à convaincre le prince de la nécessité de fonder un parti très proche du peuple. C’est la naissance du parti UMMA( le parti du peuple) qui fusionne quelques temps après avec le MRANDA pour mener ensemble les prochaines batailles. 


Vers l’indépendance


Avec prudence SAID IBRAHIM et ALI SOILIH ne s’engagent pas vers l’ indépendance immédiate des COMORES et pensent qu’il faut négocier avec la France pour obtenir davantage des moyens pour la construction des infrastructures dans le pays. Mais la fièvre indépendantiste continuait à gagner du terrain au point qu’elle poussa la chambre des députés vers une proclamation unilatérale de l’indépendance nationale le 6 juillet 1975. Devant le fait accompli, ALI SOILIH refuse cependant de s’avouer vaincu et décide d’arracher le pouvoir à AHMED ABDALLAH qui a précipité, selon lui, le pays dans son accession à la souveraineté. Ainsi, sans effusion de sang et sans coup férir, le 3 aout 1975 ALI SOILIH prend le pouvoir profitant d’un déplacement du président ABDALLAH dans l’île d’ANJOUAN. Immédiatement, un conseil exécutif national est mis en place, dirigé non pas par ALI SOILIH lui-même mais par SAID MOHAMED DJAFFAR, président du mouvement RDPC, rassemblement démocratique du peuple comorien. 



La Révolution du MONGOZI


Pour mettre en place ses idées et entrainer le pays dans le changement ALI SOILIH facilite alors le départ à l’étranger du président MOHAMED ABDALLAH qui choisit la France pour son exil où il part avec un passeport diplomatique pour lui faciliter ses déplacements à l’étranger. Cette empathie vis-à-vis de sa victime montre que ALI SOILIH évaluait mal l’esprit de vengeance de son opposant le plus redoutable et de ce dont il est capable.

A la suite du coup d’état, ALI SOILIH assume uniquement les fonctions de ministre de la Défense et laisse Monsieur SAID MOHAMED DJAFFAR, un représentant issu de l’aristocratie aux commandes de la présidence. C’est une décision bien réfléchie qui va l’ouvrir la voie jusqu’au sommet de l’Etat. Poursuivant ses manœuvres au sein du conseil exécutif , il devient chef de l’Etat à partir du 3 janvier 1976 et met progressivement en place toute une panoplie de réformes visant à la transformation de la société qu’il veut débarrasser, sans délai, de toutes formes d’aliénation.


La riposte conservatrice


Au cours de son règne, ALI SOILIH, Surnommé MONGOZI ( le Guide du peuple) entreprend la modernisation de la société avec d’importants efforts dans tous les domaines. Ces mesures s’accompagnent bien entendu de la mobilisation des femmes et de la jeunesse qui jouent un rôle essentiel pour la construction du pays et contre les coutumes archaïques et la croyance par charlatanisme.

Estimant que la pratique du ANDA NA MILA ( grand mariage) est source d’aliénation des masses et de sous-développement économique, ALI SOILIH déclare à la première date anniversaire de l’indépendance la suppression du MILA NANTSI (us et coutume) incompatible avec la vie des citoyens libres. On comprend dès lors pourquoi le camps de la féodalité fait grise mine en accusant le nouveau régime de tous les maux possibles et imaginables. Les notables féodaux composés des MA KABAILA ( Aristocrates), des WAKAVEMA (Hauts fonctionnaires corrompus), des MABEPARE ( Notabilité villageoise et citadine) entrent en campagne, avec l’aide des WAGANGHI ( Médiums et Sorciers) contre le régime révolutionnaire ( YEZI YA KINANTSI) dont l’unique mission est l’édification d’une nouvelle société socialement égalitaire en lieu et place de l’ancienne société socialement divisée, politiquement corrompue et économiquement paralysée. Les WAKAVEMA vont redoubler de colère lorsque Ali Soilih décide en début d’année 1977 l’abolition de la bureaucratie pour se débarrasser de germes de l’administration coloniale et obliger les fonctionnaires à se rendre compte des vrais problèmes des ruraux et des besoins immédiats de la jeune Nation comorienne. Mais tout cela était sans tenir compte du degrés d’adversité de ses ennemis qui fourbent leurs armes à partir de la France.


Le coup fatal


Trahi par un mauvais renseignement sur un probable coup d’état par un débarquement dans l’île d’Anjouan, le MONGOZI envoie la plupart de ses DJESHI LA MAPINDUZI (soldats révolutionnaires) dans l’île où est originaire AHMED ABDALLAH. Mais à sa mauvaise surprise, c’est en Grande Comores sur la plage d’ITSANDRA MDJINI où Bob DENARD débarque à l’aube du 13 mai 1978 avec une cinquantaine de mercenaires français et belges.


Très vite il prend le palais présidentiel de MRODJOU en tuant les cinq sentinelles, mal armés, qui montaient la garde. Sans résistance celui que les WANANTSI ( Jeunes citoyens) considéraient comme un messie se fait prisonnier. Un directoire politico-religieux et militaire se met alors en place. Le 29 mai 1978 alors que le président ALI SOILIH, neutralisé, ne représentait aucun danger pour les nouvelles autorités, fut lâchement exécuté d’une balle dans le dos, sans jugement préalable. Il est enterré à CHOUANI dans des circonstances qui restent dans les annales de l’abominable. 


Une mémoire vivante


Mais les conditions de sa disparition soudaine et brutale font de lui le héros de tout un peuple dont la renaissance peine, sans ses idées et le respect de son héritage, à voir le jour. Tous les acquis de la politique révolutionnaires sont remis au placard, mettant fin au rêve de COMORES qui avancent.

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