L'avarice tue l'économie et la société. La zakat fait vivre l'humanité
- Younoussa Hassani
- 8 mai
- 3 min de lecture

J'ai lu avec une attention particulière la tribune d'Abdourahamane Cheikh Ali publiée dans Al-Mashawiri. Son analyse mérite mieux qu'un simple acquiescement : elle appelle une réflexion en miroir.
Car elle met en lumière une vérité que les sociétés modernes redécouvrent avec lenteur : l'économie n'est jamais neutre, elle est toujours le reflet d’une vision de l’homme. L’Islam, lui, a tranché depuis quatorze siècles : une richesse immobile est une richesse morte, et une richesse qui ne circule pas devient un poison social. Said MOHAMED La thésaurisation : quand l’or devient une ombre
L’Islam interdit la thésaurisation non par hostilité à la richesse, mais par lucidité. Une pièce d’or enfermée dans un coffre ressemble à une graine enfermée dans un bocal : elle brille, mais elle ne donnera jamais d’arbre. La thésaurisation est une stérilisation du possible. Elle transforme le capital en idole immobile, alors que la richesse n’a de sens que lorsqu’elle circule, irrigue et féconde. Le Coran ne condamne pas l’or : il condamne l’or qui ne sert à rien, l’or qui se replie sur lui-même comme un cœur qui refuse de battre. Car une société où chacun garde son trésor sous son matelas devient une société où les pauvres s’enfoncent, où les jeunes s’exilent, où les talents se fanent faute d’horizon. L’avarice n’est pas seulement un vice moral : c’est une faillite économique et une fracture sociale.
La zakat : la respiration de la communauté
Face à cette tentation de l’immobilité, l’Islam propose un mécanisme d’une élégance rare :
la zakat, qui n’est pas une taxe, mais un acte de purification. Elle purifie la richesse comme l’eau purifie la terre avant la germination. Elle rappelle au croyant que ce qu’il possède n’est jamais entièrement à lui :
une part de ses biens est un droit des pauvres, un droit des vulnérables, un droit de la communauté. La zakat est une respiration :
elle empêche l’accumulation toxique, elle libère les flux, elle restaure l’équilibre, elle transforme la richesse individuelle en prospérité collective. Là où la thésaurisation fige, la zakat met en mouvement.
La zakat al-Fitr : un geste qui répare l’âme
La zakat al-Fitr, elle, est un symbole puissant : elle rappelle que même la spiritualité la plus intime, le jeûne n’a de valeur que si elle se traduit en générosité concrète. C’est comme si l’Islam disait :
“Ton âme ne peut s’élever si ton voisin reste affamé.” Elle transforme la fin du Ramadan en un acte de justice sociale. Elle fait de la fête un moment où personne ne doit être laissé derrière.
Les dons volontaires : l’économie du cœur
Quant aux dons volontaires, ils sont l’expression la plus haute de la liberté humaine. Ils ne sont pas imposés : ils sont choisis, et c’est ce choix qui leur donne leur lumière. Le Coran dit que l’on n’atteint la vraie piété qu’en donnant ce que l’on aime. C’est une révolution intérieure : donner non pas ce qui nous encombre, mais ce qui nous coûte. Dans une société, ces dons sont comme des sources invisibles : ils nourrissent les projets, soutiennent les fragiles, inspirent les autres. Ils créent une culture de la générosité, qui est la meilleure assurance contre la violence, la jalousie et la division.
Une économie bénie : quand la solidarité devient moteur
Tu le rappelles avec humour : même Keynes aurait applaudi. Car toute redistribution obligatoire ou volontaire augmente les revenus disponibles, stimule la demande, encourage l’investissement, crée de l’emploi. Mais l’Islam ajoute une dimension que Keynes ne pouvait saisir : la bénédiction. Une société généreuse n’est pas seulement plus prospère : elle est plus paisible, plus cohérente, plus humaine. Là où l’avarice construit des murs, la générosité construit des ponts. Là où la thésaurisation crée des ombres, la zakat allume des lampes.
l’Islam comme architecture du vivre-ensemble
En interdisant la thésaurisation et en prescrivant l’aumône, l’Islam ne fait pas que réguler l’économie : il façonne une civilisation de la circulation, où la richesse circule comme le sang dans un corps sain. Il nous enseigne que la prospérité n’est pas un stock, mais un mouvement.
Que la richesse n’est pas un privilège, mais une responsabilité. Et que la cohésion sociale n’est pas un slogan, mais une discipline collective. En vérité, l’Islam ne cherche pas à enrichir les individus : il cherche à élever la communauté.



Commentaires