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L’exemplaire sur Paris

Un geste simple, mais qui mérite une grande reconnaissance. Un homme au cœur pur, doté d’une capacité de suffisance absolue. Un cas très rare, de nos jours, vient de se produire dans la capitale française. Un homme entre 40 et 50 ans, pas loin de cet âge-là. Sans doute, il croit en Dieu. Sans doute, il a reçu une bonne éducation. Sans doute, il est issu d’une famille conservatrice et honnête. Rédigé par kamar Eddine Ben Abdallah. Animateur culturel, comédien . Un bon matin de l’Aïd el-Hedj, en plus ! Mais, pris par l’exigence du système capitaliste — le travail, c’est le travail — pas de droit aux fêtes religieuses ou autres. Ce joour-là, bien que croyant, il se trouva dans l’obligation, à contrecœur, de se rendre au travail. Mais, avec sa bonne foi, il croise un homme qui s’apprête à se rendre au grand rassemblement des musulmans, en ce jour béni, communément appelé l’Aïd el-Hedj. Et sans hésitation, il propose à ce dernier de le déposer à la mosquée.


Par coïncidence, cet homme venait à peine de perdre un bonnet, il y a de cela un mois et une semaine, dans le quartier. Ce monsieur répond au nom de Mohamed Issihaka, que je connais bien. Un homme de culture. Et je précise qu’aujourd’hui, il est l’un des médiateurs culturels de notre pays, parmi les plus qualifiés professionnellement. Il est l’un des rares à avoir suivi un cursus universitaire en animation culturelle. Et aujourd’hui, installé en France, il poursuit une formation en médiation culturelle, tout en ayant déjà complété une formation en médiation sociale. Ce double parcours lui confère une solide expertise dans la compréhension et la transmission des valeurs culturelles.


Juste pour vous dire que ce bonnet qu’il avait perdu, il l’aimait mille fois, pour mille raisons. D’abord, c’était un cadeau offert par sa femme. Ensuite, c’est l’un des symboles de notre identité culturelle. Pour vous dire que ce bonnet est cher aux yeux d’un médiateur culturel. Vu que son rôle est de promouvoir la culture, ce bonnet lui plaisait énormément. C’était un joli cadeau, mais en plus, bien cousu.


Je me suis permis d’aller dans les détails pour attirer votre attention sur ce dont je parle, et sur la juste valeur de cet objet, pour la personne et au sein même de la société comorienne. Ceux qui ne connaissent pas la valeur d’un bonnet aux Comores… Personnellement, en tant qu’animateur culturel de formation, comme mon ami Mohamed, je vous dis : qui dit bonnet dit symbole d’amour.


Aujourd’hui, une femme qui offre un bonnet à son mari, cela vaut beaucoup d'affection, un vrai signe d’estime. Surtout ces femmes qui prennent leur temps pour coudre les mille trous, un à un, jusqu’à broder avec un fil doré le bonnet tout entier. 


Je vous rappelle que l’origine de cette confection et broderie traditionnelle du bonnet, communément dénommé kofia, vient d’une profonde réflexion d’une femme, follement amoureuse de son mari, qui voulait lui offrir un joli cadeau en signe de déclaration d’un amour inconditionnel. Depuis lors, ce geste est devenu une tradition.


Et en ma qualité d’animateur culturel, mon constat est très simple : aujourd’hui, chez nous, aux Comores, au-delà du symbolisme, on peut dire que le kofia est devenu petit à petit un objet commercialisé, dont le prix ne cesse d’augmenter chaque jour.

Je précise aussi que la marque du bonnet perdu portait, en lettres arabes, le nom d’Allah. En shikomori, on dit Âlama bisimila. Et je ne vous cache pas : c’est la marque la plus chère des kofia(s). Raison de plus : combien de fois mon ami Mohamed Issihaka, le médiateur culturel, était attristé après avoir constaté qu’il avait perdu son bonnet. J’imagine qu’il se sentait trahir son amour et/ou abandonner sa mission de médiateur culturel. Au lieu de promouvoir la culture, il se voyait devenir un obstacle.


Mais, vu que son amour envers cette culture est inconditionnel, et vu combien il était attaché à ce kofia, symbole d’un amour frais, d’une union toute récente… voilà que Dieu lui a facilité le chemin pour retrouver son bonnet. Car ce bonnet était tombé entre de bonnes mains.

Cet homme qu’il avait proposé de le déposer à la mosquée, après les salutations, lui demanda s’il connaissait quelqu’un qui aurait perdu un bonnet — mais vraiment un bonnet de qualité ! Mohamed était ému. Sans un mot. Jusqu’à ce que l’homme lui demande :

— « Tu vas bien ? »

Et le médiateur culturel lui répondit qu’il allait bien.Mais ce que tu viens de me dire me surprend beaucoup. Déjà, je suis stupéfait de ton grand cœur. Je ne m’attendais pas à ce qu’il existe encore, sur cette terre, des hommes comme toi : au grand cœur, confiants, et profondément humains.


Il me semble que ce bonnet m’appartient. Car j’ai perdu un bonnet de marque, il y a de cela un mois et une semaine, ici même, dans ce quartier. Mais vous êtes un homme particulier. Et surtout, cette coïncidence… ce n’est pas juste une coïncidence. Elle dépasse les limites ! Déjà, de ta propre volonté, tu m’as proposé de me déposer à la mosquée. Et tu m’annonces cette bonne nouvelle. Tu es un ange.


Pauvres Comores ! Ce ne sont pas les bonnes personnes qui te manquent. C’est la reconnaissance et l’encouragement. C’est pourquoi moi, ami du bénéficiaire de ce bonnet, en la personne de Mohamed Issihaka, lorsque j’ai appris cette bonne nouvelle, j’ai promis à ce dernier de rendre hommage à cet homme… pour saluer ce geste d’une personne de confiance et de respect.


Personnellement, ce geste m’a beaucoup touché. Il me donne aussi le droit de rêver qu’un jour, les Comores changeront. Il suffirait d’avoir une personne comme cet homme exemplaire à la tête de l’État d’une Comore souffrante, pillée, vidée jusqu’au dernier centime.


Je profite aussi de cette occasion pour lancer un vibrant appel à mes compatriotes : imitons ce geste ! Optons pour la voie positive ! Car les Comoriens ont du mal à imiter les bonnes choses. Pour être précis, je ne comprends pas du tout qu’aujourd’hui les Comores souffrent, dans tous les domaines, plus que tous nos voisins…


Comme j’ai l’habitude de le souligner : on dirait que nos dirigeants n’ont ni yeux, ni oreilles, ni âme… Je me demande aussi à quoi servent leurs mille voyages aux quatre coins du monde ?


Pour terminer mes propos, je dirai : courage à cet homme de confiance et de générosité. Longue vie à lui, et bonne continuation dans ce sens. Merci pour cette confiance qui nous fait plaisir de l’apprendre.


Désormais, les Comores attendent des jours meilleurs.

Car hulewa mdru mwana — un enfant digne et confiant comme cet homme discret, au cœur immense. Bio express  Sortant des universités Gamal Abdel Nasser et de Sonfonia - Conakry, République de Guinée. Diplômé en lettres modernes - Animation culturelle Passionné de l'écriture et auteur de plusieurs textes Expériences: Professeur de français (collège et lycée) Observateur des élections Syndicaliste et ancien président du comité des jeunes syndicalistes aux Comores Comédien, auteur et interprète d'une pièce théâtrale : “moi sans papiers dans le canapé” . Directeur artistique de l'Agence comorienne pour la promotion culturelle Membre du collectif des habitants organisés du 3eme arrondissement. Membre du collectif “on le fait pour nous.


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