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L’État comorien face à Mayotte : chronique d’une duplicité assumée.

Il est des moments où les États cessent de se dissimuler derrière les artifices du langage diplomatique et révèlent, par leurs actes, la vérité de leur posture. La récente cérémonie de présentation du logo et de la mascotte des Jeux des îles de l’océan Indien 2027, organisée aux Comores, constitue l’un de ces moments de vérité. En acceptant la présence d’une délégation distincte de Mayotte sur son propre sol, l’État comorien a franchi une ligne politique et symbolique qu’aucune rhétorique souverainiste ne saurait désormais masquer. Par Dr AHMED BACAR REZIDA Mohamed, médecin, économiste de la Santé et écrivain. Depuis des décennies, Moroni proclame, avec constance, que Mayotte est une île comorienne illégalement occupée.  Cette position, soutenue par plusieurs résolutions onusiennes, est devenue un marqueur identitaire fort, mobilisé tant sur la scène internationale que dans le discours interne. Mais que reste-t-il de cette revendication lorsque, dans les faits, l’État comorien accepte de s’asseoir à la même table qu’une entité qu’il refuse de reconnaître juridiquement ? Cette scène, en apparence anodine, la petite pancarte avec Mayotte en caractère distinct de la délégation de Mayotte à côté des Comores révèle en réalité une fracture profonde entre le discours et l’action. Nous l’avions déjà souligné : 

la diplomatie comorienne oscille dangereusement entre affirmation de principe et renoncements successifs. Nous dénoncions, dans Al-Mashawiri, numéro 09 du 01 septembre 2025, non sans raison, la lâcheté des États de l’océan Indien, prompts à céder aux pressions et à normaliser la présence de Mayotte comme entité distincte. (Jeux des îles Comores 2027 : l’océan Indien face au miroir de sa lâcheté. )

Mais aujourd’hui, la question se pose avec une acuité nouvelle : cette lâcheté est-elle encore seulement extérieure, ou est-elle désormais intériorisée par l’État comorien lui-même ?Sinon, comment interpréter autrement cette séquence ? La peur éventuelle que certains États de la région brandissent la menace de retrait de leurs délégations ou de contestation de l’organisation des Jeux aux Comores l’année prochaine ? 

En tout cas, Moroni a choisi de céder. Non pas sous la contrainte explicite, mais dans un silence calculé, une acceptation feutrée, presque honteuse. 

Ce qui relevait hier de pressions diplomatiques devient aujourd’hui une complaisance assumée.Dès lors, une interrogation s’impose : que cherche réellement l’État comorien ? 

Tromper son propre peuple à coups de déclarations martelées sur la scène internationale, tout en adoptant des pratiques contraires sur le terrain ? Espère-t-il que cette contradiction passe inaperçue, ou que la lassitude finit par anesthésier toute réaction populaire ? Le risque est grand, et assurément bien réel. Les Comoriens, une population profondément attachée à la question de Mayotte pourrait ne pas accepter cette dissonance. Que se passera-t-il lorsque la délégation mahoraise sera physiquement présente sur le territoire comorien ? 

L’État est-il prêt à faire face à une éventuelle colère populaire ? Ou compte-t-il, comme trop souvent, sur ses mécanismes habituels de contrôle et de répression pour étouffer toute contestation, au risque d’exposer au monde les fragilités de son autorité ? 

Le 19 avril 2026 marque peut-être un tournant majeur. Non pas dans le statut de Mayotte, qui reste inchangé, mais dans la crédibilité de la diplomatie de l’État comorien. À force de dire une chose et d’en faire une autre, le pouvoir prend le risque de vider son discours de toute substance. Et lorsque les mots ne correspondent plus aux actes, c’est la confiance même du peuple qui s’effrite. Dans cette affaire, l’ambiguïté n’est plus une stratégie : elle devient une impasse. Pourtant, Dieu sait que cette fois-ci, la balle était bien dans notre camp.

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