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Mongozi, le Soleil assassiné



— Younoussa Hassani,

 pleurant en silence depuis les lointains rivages,

 et rêvant de marcher un jour dans les pas effacés d’Ali Soilih.

Ambassadeur de l’École Nationale d’Ingénieurs de Gabès (ENIG DEV), Tunisie., https://www.facebook.com/share/p/16QaUqMtxg/




Ils ont tiré à l’aube,


Quand le jour ne savait pas encore pleurer.

Ils ont tué le rêve,

Sans cri, sans procès, sans lumière.

Une balle dans le dos,

Pour faire taire un homme,

Mais comment tue-t-on l’idée ?

Comment tue-t-on le feu ?


Ali Soilih,


Fils des collines de Hambou,

Enfant de Chouani,

Exilé dès l’enfance,

Tu as connu la douleur de l’arrachement,

La solitude des déracinés,

Mais tu n’as jamais oublié le sol

Où bat le cœur des Comores.

À Madagascar, tu as appris,

À Paris, tu as compris.

Dans les livres rouges d’un monde qui lutte,

Tu as vu l’homme plier sous les chaînes.

Tu as vu le paysan mourir en silence,

Tu as juré de ne plus laisser faire.


Ingénieur de la terre,


Tu as semé l’espoir dans les sillons du pays.

Avec les mains calleuses des campagnes,

Tu as bâti un parti, une vision,

Un rêve de justice,

D’égalité,

De dignité.


Ali,

Tu n’étais pas un roi,

Tu n’étais pas un prophète,

Tu étais le frère des humbles,


Le guide des jeunes,

Le porte-voix des muets.

Tu as défié les clans,

Brisé les rituels,

Banni les marabouts de la politique,

Et déclaré la guerre à l’ignorance.

Tu as dit non au grand mariage,

Non aux sorciers de la peur,

Non aux privilèges de quelques-uns,

Pour que vive le peuple,

Libre et éclairé.

Mais ils t’attendaient dans l’ombre.


Les féodaux,


Les sorciers,

Les anciens maîtres,

Et les nouveaux traîtres.

Ils ont ourdi dans le silence,

Avec la France comme bras armé,

Et Bob Denard comme messager noir.

Ils ont débarqué à l’aube,


Le 13 mai 1978,


Sur la plage d’Itsandra Mdjini,

Là où tu n’attendais rien.

Pas une guerre,

Pas une trahison,

Juste une aube,

Comme une autre.

Cinq gardes tombés,

Toi capturé,

Le rêve brisé.

Et le 29 mai,

Alors que tu ne représentais plus aucun danger,

Alors que tu étais désarmé,

Ils t’ont exécuté,

D’une balle dans le dos.


Pas même un regard.

Pas même un procès.

Juste le silence,

Et la terre de Chouani,

Pour t’enlacer une dernière fois.


Mais écoute,


Ô toi qui les as effrayés par ta clarté,

Toi qu’ils ont voulu effacer,

Nous ne t’avons jamais oublié.

Car un homme peut tomber,

Mais une idée ne meurt jamais.

Tu es devenu le cri d’un peuple,

Le chant des générations,

La colère des opprimés,

Et le chagrin de ceux qui se souviennent.

Aujourd’hui encore,

Ton nom brûle sur les lèvres des justes.

Mongozi, le guide,

Mongozi, le frère,

Mongozi, l’espoir.


Tu dors sans gloire officielle,


Mais ton tombeau est grand comme la nation.

Tu n’as plus de palais,

Mais tu règnes dans les cœurs éveillés.

Ils ont effacé tes lois,

Mais jamais ton amour du peuple.

Ils ont enterré tes réformes,

Mais jamais ton souffle.


Ali Soilih,


Martyr de la lucidité,

Victime du courage,

Messie sans croix,


Tu vis.


Tu vis dans chaque voix qui s’élève contre l’injustice,

Dans chaque main qui refuse la corruption,

Dans chaque esprit qui rejette la peur,

Dans chaque jeune qui rêve,

Encore,

D’un pays libre.


Repose en paix,

Toi qui as osé défier l’ordre établi.

Ils t’ont tué, oui.

Mais c’est leur mémoire à eux qui s’efface.

La tienne,

Ne fait que commencer.

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