Piété et compétence : les critères prophétiques de désignation des dirigeants
- Younoussa Hassani
- 4 mars
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Critères prédominants dans la désignation des dirigeants et des cadres de la Cité à travers l'histoire des prophètes Youssouf (Joseph), صموئيل (Samuel) et Muhammad, que la paix soit sur eux. Par Abdourahamane Cheikh Ali,Président du MRDPC (Mouvement pour une République Démocratique et Progressiste aux Comores)
Il est de bon ton dans notre société où l'Islam occupe une place centrale de considérer la piété comme un critère fondamental dans le choix des dirigeants politiques mais également dans celui des cadres de l'administration et des entreprises publiques.
Certains parmi nous vont jusqu'à décréter que l'homme ou la femme qui disposerait seulement de cette qualité, qui ne justifierait d'aucun autre atout, peut assumer n'importe quelle responsabilité étatique. L'Homme pieux peut constituer une garantie contre l'arbitraire, un rempart contre la propagation du vice et une lumière dans ce monde de ténèbres. Mais jamais je ne désignerais chef de l'armée un homme qui jeûne tous les lundis et jeudis, accomplis le Pèlerinage tous les ans, multiplie les prières nocturnes mais ignore tout de la stratégie militaire. L'Homme pieux résiste mieux aux tentations que procure le pouvoir (fornication, condescendance, étalement des signes de richesse...etc).
Mais cela ne garantit en rien la capacité à comprendre les ressorts intimes d'une terre martyrisée, à recoller les morceaux d'un pays en lambeaux, à remettre l'économie à flot, à redresser des finances publiques exsangues, à transformer un système éducatif déliquescent en un instrument au service de l'épanouissement personnel de tous les enfants, de la cohésion nationale et du développement économique. La piété suffit encore moins pour conduire une nation dans un monde en ébullition lorsqu'on n'est pas parfaitement conscient des enjeux économiques et géostratégiques internationaux.
Nous nous définissons comme une nation à forte identité musulmane mais nous semblons ignorer les traditions prophétiques en matière de gouvernance politique. Youssouf, que la paix soit sur lui, fut jeté en prison injustement pour avoir refusé de succomber aux charmes de Zoulikha qui était une femme de pouvoir et de surcroît très belle. "Ô mon Seigneur, la prison m'est préférable à ce à quoi elles m'invitent", dit-il (verset 33 sourate 12 Youssouf). Ce n'est pourtant pas ni sa piété qu'il a rappelée à la cour d'Égypte ni son statut de prophète qu'il a fait prévaloir pour réclamer le ministère de l'économie afin d'affronter la terrible sécheresse qui se profilait à l'horizon et qui allait affecter l'économie égyptienne et celle de tous les pays voisins. Il a plutôt plaidé ses compétences : "Assigne moi les dépôts du territoire : je suis bon gardien et connaisseur" (verset 55 sourate 12 Youssouf). Sous l'ordre d'Allah, le prophète Samuel, que la paix soit sur lui, désigna comme premier roi des Hébreux un jeune homme dénommé Tãlũt. Ce choix fut contesté par les Hébreux au prétexte qu'il était pauvre et issu de la tribu de Bĩnyamĩn (Benjamin) qu'ils ne considéraient pas digne d'un tel statut.
Le prophète Samuel répliqua que Tãlũt fut choisi pour son savoir, sa sagesse et sa force. Tālũt n'aurait jamais été choisi par le prophète Samuel s'il était mécréant. La foi est donc un critère de sélection. Mais s'il suffisait, Samuel se serait désigné roi en invoquant son statut de prophète. Il fallait des qualités supplémentaires pour devenir roi d'Israël. Le verset 247 de la sourate Al Baqara rend compte des échanges entre les Israélites et leur prophète ainsi que des critères qui ont présidé à la désignation de Tālũt comme toi des Hébreux : "Et leur prophète leur dit : "Voici qu'Allah vous a envoyé Tãlũt pour roi" Ils dirent :"comment régnerait-il sur nous ?
Nous avons plus de droit sur lui à la royauté. On ne lui a même pas prodigué beaucoup de richesses!" Il dit : "Allah, vraiment l'a élu sur vous, et a accru sa part quant au savoir et à la condition physique". Le Prophète Muhammad, paix et bénédiction sur lui, refusa de confier des responsabilités dans la gestion des affaires de Médine à Abu Dhar Al Ghiffari, qui était pourtant non seulement l'un des premiers convertis à l'Islam mais aussi réputé pour son ascétisme et sa rigueur morale. Le Prophète trouvait son tempérament peu compatible aux exigences des fonctions de commandement.Par contre le Prophète, paix et bénédiction sur lui, n'hésita pas à confier des responsabilités à Muawiya, devenu musulman sur le tard, lors de la conquête de la Mecque en 630. Un converti de la 25 ème heure, "quelqu'un qui n'a pas poussé la voiture (kadja sindiha le gari)", dirait-on aujourd'hui. Le Prophète choisit le fils de Abu Soufiane, qui fut l'un de ses plus farouches opposants, parmi ses scribes. Il était chargé aux côtés d'illustres compagnons de la première heure tels que Ali Ibn Abi Talib, Zayd Ibn Thabit et Ubay Ibn Kaab de transcrire la Révélation, de consigner les héritages et de rédiger les courriers destinés aux souverains étrangers. Le Prophète Muhammad, paix et bénédiction sur lui, savait que Muawiya ne faisait pas partie des compagnons les plus pieux mais s'était résolu de s'appuyer sur ses compétences administratives, qui étaient une ressource rare en Arabie à cette époque alors qu’elle s constituent un atout indispensable pour un État en construction, pour poser au 7 ème siècle après JC les fondations d'un État grâce auquel 2 milliards d'individus sont aujourd'hui musulmans.



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