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À la rencontre de Farid Youssouf. Artiste et citoyen

Dernière mise à jour : 12 mars 2025


Nous avons eu l’opportunité de rencontrer Farid Youssouf, un auteur, compositeur, chanteur et multi-instrumentaliste talentueux d’origine comorienne, natif de Mbeni, dans la région de Hamahame. Il n’a pas eu de mal au bout de quelques minutes à nous plonger dans l’univers exigeant de la création musicale, un métier qu’il a embrassé dès son plus jeune âge, alors qu’il était encore à l’école.


Pour Farid Youssouf, composer une chanson ne se résume pas simplement à trouver les bons mots. Il y a un véritable travail derrière chaque création : le message doit traverser les générations, toucher le public et s’inscrire dans une continuité culturelle. Une chanson réussie est celle qui demeure intemporelle et significative.




L’importance de la poésie et de la structure musicale


L’auteur, compositeur et chanteur aux mille talents avance l’exemple de sa chanson « Anzi », qui illustre l’importance de la poésie dans la musique comorienne. Il ne s’agit pas seulement de choisir des mots, mais aussi de respecter la métrique et les rimes afin de créer une harmonie entre le texte et la mélodie.

Extrait du texte de la chanson « Anzi » :

tsihadisi bo wandzani(8)

Eshandisa owumani(8)

Inu siri ya zamani(8)

Ya pasuha ho usoni(8)


Inu ikaya hidaya(8)

Esiri natsu ivaya(8)

Nio ndja iharaya(8)

Ndjamba ketsunilaya(8)


Anzi utsike mhani(8)

Tsihwandziza uwandzani(8)

Heni zilo fikirani(8)

Utsi lawumu fulani(8)



Entsihu naka mwasi(8)

Tsika udjuha natrasi(8)

Hakika tsika mpesi(8)

Ndjakana wasi wasi(8)


Ntsihu tsifanya safari(8)

Tsimi ngamlindo gari(8)

Anzi halawa nashari(8)


Hani reme msumari(8)


Lopitali tsonomayi(8)

Sha tsifanya usudjayi(8)

Tsika utsaha shifayi(8)

Wendji watsinone nayi(8)



Il prend également le titre « Hidi na Hidi Kwazaya Sheli Bodaba », une autre de ses chansons. Il explique avec passion l’origine de ses créations. Ces compositions ne sont pas de simples mélodies, elles portent un message et un héritage culturel.

Regard critique sur l’évolution de la musique comorienne

Farid Youssouf exprime aussi sa préoccupation quant à l’évolution récente de la musique comorienne. Il déplore le fait que de nombreuses chansons actuelles ne s’inscrivent plus dans une démarche de pérennisation. Selon lui, elles ne reflètent pas la réalité de la société comorienne et ne sont pas conçues pour durer dans le temps.

Autrefois, lorsqu’il vivait aux Comores, ses chansons et ses rythmes étaient principalement influencés par la musique étrangère. Cependant, après son arrivée en France, il a pris conscience de l’importance de préserver et de faire vivre la culture comorienne. C’est ainsi qu’il a choisi de s’inspirer des anciens chanteurs qui respectaient les danses et traditions musicales comoriennes.



Un artiste enraciné dans l’histoire et la langue comoriennes

Au-delà de la musique, Farid Youssouf apparait aussi comme un homme doté d’une connaissance approfondie de l’histoire et de la langue comoriennes. Il parle avec aisance de l’histoire des chefs-lieux du pays, expliquant qu’ils ont souvent été transférés au fil du temps. Il en est ainsi de la région d’Hamahame, dont le chef-lieu était autrefois Bouni, avant d’être déplacé à Mbeni ou de la région d’Itsandra, dont la capitale était Itsandra Mdjini, avant d’être transférée à Ntsoudjini.

Une rencontre avec Farid Youssouf marque profondément un être. C’est un artiste passionné, qui maîtrise non seulement l’art musical, mais aussi l’histoire et les traditions de son pays. C’est un véritable gardien du patrimoine comorien, un citoyen qui veut faire prendre conscience de l’importance de préserver la richesse culturelle des Comores et de transmettre cet héritage aux générations futures. Il souhaite valoriser la culture comorienne et encourager la création artistique, celle qui s’inscrit dans la durée.


Cet article, initialement publié dans Masiwa Komor.




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