Zainoudine Mmadi : Quand la littérature devient un combat pour la dignité et l’interculturalité
- Younoussa Hassani
- 12 mars
- 5 min de lecture

De Milepvani à Ankatso, le parcours de Zainoudine Mmadi illustre l’itinéraire d’un jeune intellectuel comorien animé par la passion des mots et le goût de la recherche. Juriste de formation et diplômé d’un Master 2 en Littérature, Francophonie et Interculturalité à l’Université d’Antananarivo, il s’est distingué par un mémoire salué avec la mention Très Bien.
Son mémoire, couronné de la mention Très Bien, explore les représentations de la femme célibataire à travers une approche comparatiste entre Balzac et Marie Kock, révélant les mutations – mais aussi les persistances – des stéréotypes de genre. À travers son parcours, il défend une littérature vivante, capable de déconstruire les imaginaires, de questionner les normes et de favoriser le dialogue interculturel.
Dans cet entretien, il revient sur son parcours, ses motivations, ses défis et sa vision de l’avenir des études en lettres et sciences humaines aux Comores.
Propos recueillis par Mohamed Issihaka
Al-Mashawiri-Vous êtes originaire de Milepvani, dans la région de Hamanvou. Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer en quoi votre parcours personnel a influencé votre chemin universitaire, notamment votre choix d’étudier à l’Université d’Antananarivo (campus d’Ankatso) ?
Je suis Zainoudine Mmadi, juriste de formation et diplômé en Littérature, Francophonie et Interculturalité à l’Université d’Antananarivo. Passionné par les mots (la parole) et les lettres (l’écriture), c’est grâce à cette passion que je mène aujourd’hui une carrière en littérature. Mon choix d’étudier à Ankatso est lié à sa réputation historique de centre d’excellence, à sa position de leader en matière de formation et de recherche, mais aussi à sa contribution à l’employabilité.
Al-Mashawiri-Votre Master 2 en littérature, francophonie et interculturalité s’est conclu par un mémoire couronné de la mention Très Bien. Pouvez-vous nous présenter le sujet de ce travail, ses objectifs principaux et les raisons qui vous ont poussé à le choisir ?
La place de la femme dans la société et dans la littérature est un sujet qui me tient à cœur. J’ai mené ma recherche sur une analyse socio-historique et comparatiste des représentations stéréotypées de la femme célibataire chez Balzac (XIXᵉ siècle) et Marie Kock (aujourd’hui). Son objectif principal est de comprendre l’évolution des représentations de la femme à travers deux époques différentes. Pour les objectifs spécifiques, il s’agit de comprendre la vision de Balzac, en tant qu’homme, sur la femme célibataire, face à la vision de Marie Kock, en tant que femme célibataire. Plusieurs raisons m’ont poussé à mener cette recherche sur la place de la femme, notamment la démonstration des stéréotypes sexistes (vieille fille, etc.) et la condition féminine dans la société. Al-Mashawiri-Quelles ont été les principales difficultés rencontrées pendant cette recherche, et qu’avez-vous appris, à la fois sur le plan intellectuel et humain, au cours de ce parcours ?
Personnellement, j’aurais aimé travailler sur la représentation de la femme dans la littérature comorienne, mais je manquais de corpus littéraires comoriens qui abordent le sujet en question.
Sur le plan humain, j’ai appris que l’écriture du XIXᵉ siècle véhiculait l’image de la femme comme étant faible, passive et dépendante des hommes. Nous entendons encore dans les rues des stéréotypes sexistes (ce métier est pour les hommes, celui-ci est pour les femmes). Ma mission passe avant tout par la dénonciation de ces stéréotypes : femme de ménage (technicienne de surface), sage-femme (maïeuticienne), etc. Nous avons besoin d’un monde de complémentarité entre les genres.
Sur le plan intellectuel, cela m’a permis de mettre en œuvre plusieurs approches (structuralisme, narratologie, impressionnisme, comparatisme, sociocritique, etc.) et doctrines (féminisme, etc.) pour l’analyse d’un corpus littéraire afin de comprendre la représentation de la femme dans la littérature.
Al-Mashawiri-Selon vous, quelle place occupent aujourd’hui la littérature, la francophonie et l’interculturalité dans nos sociétés, et en particulier dans l’espace comorien et régional ?
L’interculturalité dans la société, c’est la représentation de l’autre de façon acceptable. Cela favorise le dialogue, la solidarité et le respect, en cherchant surtout à supprimer la représentation d’une culture jugée dominante sur les autres.
Pour la littérature, elle occupe une place de premier choix dans l’émergence et dans le partage des réflexions sociales sur divers sujets qui touchent la société. La littérature nous permet de comprendre la diversité, la culture et de découvrir le monde des autres.
La francophonie contribue à la promotion de la langue française et de la diversité culturelle. Elle contribue aussi à améliorer le niveau de vie des populations en les aidant à devenir les acteurs de leur propre développement.
Al-Mashawiri-Pensez-vous que la littérature peut contribuer à une meilleure compréhension entre les cultures et les peuples, notamment aux Comores ?
Contrairement à la tradition universitaire qui cherche à construire des objets homogènes, stables et observables, la littérature, comme la vie d’ailleurs, est un mélange d’irrationnel et de rationnel, de vérité et de mensonge, d’imaginaire et de réalisme, d’idéologie et de pragmatisme. Le discours littéraire, comme tous les discours d’ailleurs, véhicule des images et des représentations qu’il convient de disséquer, au même titre que celles recueillies par le biais de questionnaires ou de tests projectifs. Le romancier, par exemple, est un médiateur, un initiateur, qui favorise la décentration par le simple fait que son texte suggère des interrogations et des hypothèses.
Al-Mashawiri-Quel regard portez-vous sur l’avenir des études en lettres et en sciences humaines dans notre pays, et sur le rôle des intellectuels et des chercheurs dans le développement culturel ?
J’ai remarqué ces derniers temps qu’il existe une crise qui concerne les études littéraires, et non les pratiques littéraires (poésie, discours, etc.). J’insiste sur la nécessité d’une évolution des pratiques d’enseignement centrées sur l’analyse des textes du patrimoine. C’est le cas, par exemple, de l’importance de la fiction et de la poésie. Mon vrai souci concerne l’insertion professionnelle des diplômés de lettres et sciences humaines aux Comores. Enfin, les difficultés d’insertion professionnelle qui attendent les diplômés de LSH dans le secteur privé sont malgré tout bien réelles. Si les diplômés en lettres et sciences humaines acquièrent bel et bien des compétences et des aptitudes qui peuvent intéresser les recruteurs du public comme du privé.
Al-Mashawiri-Quels sont vos projets après ce Master 2 ? Envisagez-vous de poursuivre dans la recherche, l’enseignement ou l’écriture ?
J’enseigne déjà la méthodologie de recherche et la communication professionnelle dans des universités privées, ce qui me permet d’acquérir de nouvelles compétences professionnelles. Après un temps de repos, je compte m’inscrire en thèse. L’écriture, la recherche et l’enseignement : ces trois domaines me passionnent depuis toujours.
Al-Mashawiri-Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes de Milepvani, de Hamanvou et, plus largement, aux lecteurs qui vous découvrent aujourd’hui ?
Personnellement, je n’ai jamais compté sur les autres, mais je sais bien à quel point les autres portent un regard sur moi. Pour les jeunes, la jeunesse est le moment idéal pour bâtir un avenir meilleur. Le secret du changement, c’est de concentrer toute son énergie non pas à lutter contre le passé, mais à construire l’avenir.



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