Comores : après cinquante ans de silence
- Younoussa Hassani
- 4 juil. 2025
- 2 min de lecture

Silence ! Silence ! Silence…
Ce mot me choque. M’inquiète. Me fait peur.
Dans un autre contexte, ce même mot le silence c’est une arme fatale.
Très dangereuse, voire insupportable.
BEN ABDALLAH kamar-eddine. Animateur culturel et comédien.

est un mot polysémique : il a plusieurs visages, plusieurs couleurs, plusieurs formes.Capable de marginaliser, d’anéantir, de prendre en otage toute une société.
En commençant par : une personne, une famille, une ville, un village, une commune, une région, une île, un pays… un continent… et même le monde !
C’est le cas aujourd’hui !
On est foutus.
Ce mot, silence, nous tue à petit feu.
Toi… lui… même moi.
Nous tous.
Moi, j’ai quitté mon pays parce que j’en avais marre.
Toi, tu as quitté aussi ton pays parce que tu en avais marre.
Lui, il a quitté son pays parce qu’il en avait marre.
Ainsi de suite…
Nous en avions tous marre dans nos pays.
Et au lieu de briser le silence, nous avons gardé le silence.
Et plus nous gardons le silence…
Voilà les conséquences :
Nous sommes tous ici.
On nous appelle des immigrés.
Des sans-papiers.
Même… on nous qualifie de voyous.
Silence ! Silence ! Silence !
Je te hais !
Tu me dégoûtes !
J’ai la rage !
À tel point que je vais te quitter.
Tu es méchant.
Êtes-vous d’accord avec moi, mes chers frères et sœurs ?
Il est temps de briser le silence.
À cause de lui, nos pays souffrent.
Et continuent de souffrir.
À cause de lui, la pauvreté nous a affamés.
À cause de lui, la corruption nous a mis à genoux.
À cause de lui, ils sont présidents à vie.
À cause de lui, rien ne va.
Pas de justice.
Pas de santé.
Pas d’éducation…
Oh silence !
Tout ça, c’est de ta faute !
Tu es un mauvais compagnon !
Je te quitte à vie.
Je ne veux plus jamais te revoir.
Heureusement, tu n’es pas la seule personne au monde.
Je pars à la recherche d’un vrai compagnon.
Grâce à lui, je serai heureux, dans l’espérance d’une vie meilleure. Silence ! Silence ! Silence !
J’ai dit haut et fort : silence.
En fait, cette fois-ci, je demande le silence.
Soyons clairs : j’ai besoin de silence.
Partout.
Par tous les moyens.
Soyez compréhensifs.
Je ne suis pas bête.
Ouf ! Ouf ! Ouf !
Je crois que je prends la bonne décision.
Je me sens libre.
Ça y est.
Après cinquante ans de silence,
Consciencieusement,
involontairement,
Aveuglément…
Aujourd’hui, je n’ai plus droit à l’erreur.
D’abord, je me présente :
Je m’appelle Djuzrul’Kamar.
Survivant de l’océan Indien.
Je suis malade de tous les maux.
Fatigué depuis très longtemps.
Amputé d’une partie intégrante : Mayotte.
Et je croyais attendre le miracle de Dieu…
En vain.
Jusqu’à aujourd’hui : ni vu ni connu.
Je suis né en 1975.
Un 6 juillet.
Un jour pas comme les autres.
Victime d’un mauvais compagnon :
Celui que je nomme le silence.
Le grand silence.
Celui dont j’ai décidé aujourd’hui de couper le cordon.
En espérant tomber, enfin, sur une bonne personne…
Brisons le silence.
Nous sommes en guerre.



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