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Mayotte à la COI : Le bras de fer entre Emmanuel Macron et Azali Assoumani

Dernière mise à jour : 17 mai 2025


Le cinquième sommet de la Commission de l’océan Indien (COI), tenu le 24 avril 2025 à Antananarivo, a été marqué par une intervention inattendue mais très stratégique du président français Emmanuel Macron. Il a proposé l’intégration du département français de Mayotte à cette organisation régionale. Ce geste diplomatique, aux allures de provocation, a immédiatement réveillé le différend territorial opposant la France aux Comores.


Le combat identitaire et historique des Comores


Depuis l’indépendance de l’archipel en 1975, les Comores n’ont jamais reconnu la souveraineté française sur Mayotte. L’île, restée française par référendum, fait pourtant partie intégrante du patrimoine historique, culturel et géographique comorien. L’intégration de Mayotte à la COI remet donc en cause ce combat identitaire et juridique que mène l’Union des Comores depuis plusieurs décennies.


La stratégie diplomatique d'Emmanuel Macron


Emmanuel Macron, dans un discours teinté de pragmatisme, a défendu l’idée que « nous ne pouvons pas laisser un territoire et ceux qui y vivent à l’écart d’un certain nombre de nos programmes ». Une manière habile de présenter l’initiative comme une démarche d’inclusion et de développement, tout en évitant une demande frontale d’adhésion immédiate.


La stratégie diplomatique d'Emmanuel Macron


Le président français a également mis en avant le rôle de la France comme premier bailleur de la COI, via l’Agence française de développement (AFD), soulignant un portefeuille de 125 millions d’euros de projets. Derrière cette générosité, se profile une stratégie d’influence renforcée dans la région, alors que les tensions géopolitiques dans l’océan Indien vont croissant. La réaction rapide et ferme des Comores


Mais les Comores n’ont pas tardé à réagir. Le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Mbae, a déclaré sans détour qu’il «ne saurait être question d’intégration de Mayotte à la COI, Mayotte est comorienne ». Une déclaration ferme qui s’inscrit dans la continuité de la position historique des autorités comoriennes.


La réponse habile d'Azali Assoumani


Le président Azali Assoumani, fidèle à son style, a répondu avec une pointe d’ironie. Faisant référence à l’acteur Louis de Funès, il a affirmé avoir appris « qu’on ne doit pas répondre aux provocations ». Pourtant, c’est avec gravité qu’il a rappelé que « l’ADN de la COI, c’est le respect du droit international », ajoutant que selon ce droit, Mayotte reste une île comorienne.


 Le rappel des statuts de la COI


Ce rappel est fondamental. Les statuts fondateurs de la COI, rédigés en 1984, ne reconnaissent que les États souverains de la région.

La France n’a pu intégrer l’organisation qu’en étant représentée par La Réunion. L’adhésion de Mayotte nécessiterait donc une modification des statuts, tentative qui a déjà échoué à deux reprises en 2018 et 2019.


Les enjeux géopolitiques de la manœuvre française


En toile de fond, cette manœuvre française pourrait également être perçue comme une réponse indirecte à d’autres puissances qui critiquent sa présence dans l’océan Indien, notamment la Russie. En se posant en défenseur de la vérité historique et du libre choix des Mahorais, Macron cherche à légitimer une position contestée sur la scène internationale.


L’impasse diplomatique entre la France et les Comores Mais au-delà des discours, la question de Mayotte illustre l’impasse diplomatique dans laquelle se trouvent les relations entre la France et les Comores. Toute tentative d’intégration de l’île à la COI serait vécue par Moroni comme une trahison des principes de souveraineté, et un affront à l’histoire commune.


Les risques pour la stabilité régionale


Cette tension met aussi en lumière un déséquilibre au sein de la COI. Intégrer Mayotte ouvrirait potentiellement la voie à d’autres revendications insulaires. Maurice pourrait devoir faire face aux ambitions de Rodrigues, et les Comores à celles d’Anjouan ou Mohéli. Un précédent qui fragiliserait la cohésion régionale.


L’appel d’Azali à un dialogue sincère


En appelant à un dialogue « franc, sincère et responsable », le président Azali montre toutefois une ouverture. Il ne s’agit pas seulement de s’opposer, mais de proposer une voie vers une résolution acceptable pour tous, fondée sur la morale et le droit. Ce positionnement renforce l’image d’un dirigeant lucide et attaché à la paix.


Mayotte et les cicatrices du colonialisme


La question de Mayotte, comme celle de Tromelin ou des îles Éparses, symbolise les rémanences du colonialisme dans l’océan Indien. Elle est à la fois juridique, historique, mais aussi stratégique, notamment en raison des ressources marines et énergétiques que recèlent ces territoires.


Construire une coopération respectueuse


La France, en voulant inclure Mayotte à la COI, cherche sans doute à stabiliser sa présence dans une zone soumise à de nombreuses pressions extérieures. Mais sans un accord clair avec les Comores, toute tentative sera perçue comme une imposition, voire une provocation.


À l’avenir, seule une approche multilatérale, respectueuse des souverainetés et des histoires croisées, pourra aboutir à une solution durable. L’océan Indien, vaste et disputé, mérite une coopération inclusive mais juste. La voix des Comores, portée avec fermeté et dignité, doit être entendue. Par Younoussa Hassani ,Délégué du Conseil International de la Jeunesse (IYC,) www.iycforyouth.org



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