ENTRETIEN AVEC FAYADHOI MMADI ATHOUMANIINFIRMIER-CHEF ET PROMOTEUR D’UNE CLINIQUE MOBILE AUX COMORES
- Younoussa Hassani
- 4 août
- 7 min de lecture

Al-Mashawiri-Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre enfance à Diboini ?
Je m’appelle Fayadhoi Mmadi Athoumani et je suis né à Diboini le 9 septembre 1997. J’ai grandi dans des conditions modestes auprès de ma mère, qui a consacré toute son énergie à nous élever, mes deux frères et moi. Malgré les difficultés de la vie, elle s’est toujours battue avec courage et dignité pour que nous ne manquions de rien. Par la suite, la vie a placé sur notre chemin une personne exceptionnelle qui nous a accueillis, accompagnés et éduqués avec beaucoup d’amour et de bienveillance. Son soutien a joué un rôle essentiel dans notre éducation et dans la construction de notre avenir. Je lui en suis profondément reconnaissant.
Mon enfance n’a pas toujours été facile. Ma mère travaillait dur dans les champs pour subvenir aux besoins de la famille. Mais ces épreuves m’ont appris la persévérance, le courage et la valeur du travail. Aujourd’hui, Alhamdulilah, nous sommes tous debout et en bonne santé. C’est cette enfance, faite de sacrifices, de solidarité et d’espoir, qui a forgé l’homme que je suis devenu.
Al-Mashawiri -Quelles sont les valeurs que vous avez héritées de votre famille et de votre village ?
De ma famille, j’ai hérité de la valeur du soin et du service aux autres. Le fait que je sois devenu agent de santé aujourd’hui est aussi un héritage de mon arrière-grand-mère, Mche MmiliZa. Bien avant l’arrivée des hôpitaux aux Comores, elle soignait et accompagnait les malades avec dévouement. Son courage et son amour pour les autres m’inspirent encore aujourd’hui. De mon village, j’ai hérité d’une réputation qui nous honore. Partout où l’on parle de Diboini, on évoque la gentillesse, le respect et la solidarité de ses habitants. C’est une image que je m’efforce de porter avec fierté et de mériter chaque jour.
Al-Mashawiri Quel a été votre parcours scolaire et professionnel jusqu'à aujourd'hui ?
J’ai commencé par l’école coranique dès mon plus jeune âge et j’y suis resté jusqu’à l’âge de 17 ans. J’ai ensuite effectué toute ma scolarité primaire à l’École primaire publique de Diboini.Après le primaire, j’ai poursuivi mes études au collège communautaire Amani School de DiboinietMbambani danslarégiondeHamanvou, puis au Lycée scientifique Cheikh Hamdan Ben Rachid de Voidjou-Itsandra. J’ai obtenu mon baccalauréat en 2020 avant d’intégrer l’École de Santé de Moroni. Par la suite, je suis parti au Sénégal pour poursuivre des études en obstétrique. Sur le plan professionnel, j’ai travaillé pendant un an à la Polyclinique de la Fondation Élisabeth de Médina à Dakar, au service des urgences. J’ai également effectué des stages à l’Hôpital Principal de Dakar dans les services de pédiatrie, de cardiologie et de dermatologie.
J’ai exercé dans plusieurs postes de santé au Sénégal, notamment à HLM FAS et à Néppéné, dans la région de Kédougou. Pendant cette période, j’assurais aussi des soins à domicile pour les étudiants comoriens qui en avaient besoin. À mon retour aux Comores, j’ai travaillé au poste de santé de Vanadjou ainsi que dans plusieurs cliniques privées à Moroni. Aujourd’hui, je suis infirmier-chef au poste de santé de Diboini Hamavou, où je poursuis ma mission au service de la population.
Al-Mashawiri -Quand avez-vous commencé à vous intéresser au domaine de la santé et du développement communautaire ?
C’est en classe de seconde que tout a commencé. On m’a proposé de venir au poste de santé de Diboini afin d’apprendre quelques soins de base. J’ai accepté et cette expérience a été déterminante pour moi. J’ai découvert la réalité du terrain, le contact avec les patients et l’importance du rôle des soignants dans la communauté. Cette première immersion a renforcé ma vocation et m’a accompagné tout au long de ma formation.
Al-Mashawiri -Comment est née l’idée de mettre en place une clinique mobile aux Comores ?
L’idée est née de plusieurs constats. D’abord, la question de la sécurité. Certaines personnes hésitent à se déplacer la nuit ou à parcourir de longues distances pour se faire soigner. La clinique mobile permet de rapprocher les soins des populations. Ensuite, la qualité de la prise en charge. J’ai souvent vu des patients recevoir des soins dans des conditions difficiles. Je me suis dit qu’il fallait apporter les soins directement aux personnes qui en ont besoin, dans un environnement plus adapté. Enfin, l’accessibilité financière. Beaucoup de familles éprouvent des difficultés à faire face aux frais médicaux. Notre ambition est de proposer des soins de qualité à des coûts plus accessibles.
Al-Mashawiri -Quels constats sur le terrain vous ont poussé à lancer cette initiative ?
Au cours de mon expérience, j’ai constaté que de nombreuses personnes souffrent en silence. Certaines renoncent aux soins à cause du coût des consultations, du prix des médicaments ou encore des difficultés de déplacement. Face à cette réalité, il m’a semblé nécessaire de mettre en place une solution qui rapproche les soins des populations les plus vulnérables.
Al-Mashawiri Quels sont les principaux services offerts par la clinique mobile ?
La clinique mobile propose plusieurs services essentiels :
Les urgences de base ;
Les soins dentaires, notamment les prothèses et la chirurgie dentaire ; L’obstétrique et la gynécologie ;
Le suivi des patients diabétiques ;
Les consultations ORL.
Notre objectif est de rendre ces services accessibles aux populations qui vivent loin des structures de santé.
Al-Mashawiri -Quelles ont été les étapes les plus importantes dans la réalisation de ce projet ?
Les principales étapes ont été la recherche de financements, l’accès aux médicaments et la constitution d’une équipe compétente et digne de confiance. Sans ces éléments, il aurait été difficile de concrétiser le projet.
Al-Mashawiri -Quels obstacles avez-vous rencontrés et comment les avez-vous surmontés ? Les obstacles ont été nombreux. Il y a d’abord les difficultés humaines, notamment le manque de compréhension ou parfois les critiques qui accompagnent toute initiative nouvelle. Ensuite, il y a les difficultés matérielles, en particulier l’approvisionnement en médicaments et en équipements qui ne sont pas toujours disponibles aux Comores. Pour surmonter ces défis, je m’appuie sur la persévérance, le soutien de la communauté et la recherche constante de solutions adaptées.
Al-Mashawiri -Quel a été le rôle de votre entourage, de vos partenaires et de la communauté dans la réussite de ce projet ?
Leur rôle a été fondamental. Grâce à leur soutien, leurs conseils, leur solidarité et leur confiance, nous avons pu avancer malgré les difficultés. Aucun projet de cette ampleur ne peut réussir sans l’appui de la communauté.
Al-Mashawiri -Quel accueil la population a-t-elle réservé à cette initiative ?
La population a accueilli cette initiative avec beaucoup d’enthousiasme et d’espoir. Les habitants comprennent l’importance de rapprocher les soins des patients et voient dans cette clinique mobile une réponse à des b soins réels.
Al-Mashawiri -Quels sont les résultats ou les premiers impacts que vous avez déjà observés ?
Les premiers résultats sont encourageants. En seulement une semaine, nous avons pu prendre en charge quarante patients. Alhamdulilah, les retours sont positifs et cela nous motive à poursuivre nos efforts afin d’élargir notre action.
Al-Mashawiri-En quoi cette clinique mobile peut-elle contribuer à améliorer l’accès aux soins dans les villages ?
La clinique mobile permet d’apporter les soins directement dans les villages qui ne disposent pas de structures de santé ou qui sont éloignés des hôpitaux. Les habitants hôpitaux ainsi de consultations, de dépistages et de soins de proximité sans avoir à effectuer de longs déplacements. Elle permet également de valoriser les agents de santé locaux qui connaissent déjà les réalités de leur communauté.
Al-Mashawiri -Gardez-vous des liens particuliers avec Diboini malgré vos responsabilités actuelles ?
Oui, absolument. Diboini reste au cœur de mes préoccupations. Je suis disponible à tout moment pour assurer le bon fonctionnement du poste de santé de Diboini Hamavou. Même si je participe à d’autres projets, ma priorité demeure le bien-être de ma communauté.
Al-Mashawiri -Que ressentez-vous lorsque les habitants de votre village suivent et soutiennent vos initiatives ?
Je ressens une profonde gratitude. Ce soutien me montre que je ne suis pas seul et qu’il existe des personnes qui croient en ce que nous faisons. Cela me donne davantage de motivation pour continuer à servir la population malgré les difficultés.
Al-Mashawiri -Quels conseils donneriez-vous aux jeunes de Diboini qui souhaitent entreprendre ou porter des projets utiles à la société ?
Je leur dirais de croire en eux-mêmes et de ne jamais avoir peur de l’échec.
La réussite ne se trouve pas uniquement à l’étranger. Bien sûr, il faut saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, mais il est aussi possible de réussir aux Comores. L’échec d’aujourd’hui peut devenir la réussite de demain. Il faut persévérer, apprendre de ses erreurs et continuer à avancer.
Al-Mashawiri-Quels sont vos projets futurs pour le développement de la santé aux Comores ?
J’aimerais contribuer à la création d’un institut professionnel de formation destiné aux agents de santé afin de former davantage de jeunes dans notre pays. Je souhaite également favoriser la venue de médecins spécialisés pour renforcer l’offre de soins aux Comores. Parmi mes projets figurent aussi la création d’un centre de transfusion sanguine, le développement des services ORL et l’accompagnement des jeunes qui souhaitent poursuivre des études médicales mais qui manquent de moyens financiers. Mon ambition est de contribuer à bâtir un système de santé plus performant et plus accessible pour tous.
Al-Mashawiri -Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs d’Almasha Wir, à Diboini et à toute la diaspora comorienne ?
Je voudrais d’abord remercier tous ceux qui soutiennent les initiatives destinées au développement de notre pays. J’invite les membres de la diaspora à continuer d’accompagner les jeunes et à investir dans des projets utiles à la communauté. Beaucoup de jeunes ont des idées et des ambitions qui peuvent contribuer au progrès des Comores.
Ensemble, en valorisant l’éducation, la santé, l’entrepreneuriat et la solidarité, nous pouvons construire un avenir meilleur pour notre pays.
Je remercie également les lecteurs d’Al-Mashawir pour leur intérêt et leur engagement au service de notre communauté .
Propos recueillis par Mohamed Issihaka



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