Entretien avec Oubeidillah M. Dhoimiri, écrivain et assistant en communication au PNUD Comores
- Younoussa Hassani
- 4 juin
- 6 min de lecture

Rencontre avec Oubeidillah M. Dhoimiri, écrivain comorien et Assistant en Communication au PNUD Comores. Entre master en Francophonie et publications littéraires, il nous partage son parcours, ses passions et sa vision pour la jeunesse comorienne. Plongée dans l’univers d’un acteur engagé, mêlant mots et développement. Propos recueillis par Mohamed Issihaka Al-Mashawiri : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler brièvement de votre parcours ?
Je m’appelle Oubeidillah M. Dhoimiri, je suis un écrivain comorien originaire de la ville de Mkazi, à Ngazidja. Après avoir obtenu un master en Francophonie, Plurilinguisme et Médiation Interculturelle à Madagascar, je travaille aujourd’hui comme Assistant en Communication au PNUD Comores. Passionné de littérature depuis mon plus jeune âge, j’ai publié deux ouvrages : Un amour qui miaule en 2020 et Les Trésors des îles au parfum en 2025.
Al-Mashawiri : Pourquoi avoir choisi la filière Francophonie, Plurilinguisme et Médiation Interculturelle ?
M. Dhoimiri : J’ai choisi cette filière parce qu’elle correspondait parfaitement à mes centres d’intérêt : les langues, les cultures et la littérature. Vivre dans un espace insulaire comme les Comores, marqué par plusieurs influences culturelles et linguistiques, m’a très tôt sensibilisé à la richesse du dialogue interculturel. Cette formation m’a permis de mieux comprendre les interactions entre langue, identité et société.
Al-Mashawiri : En quoi votre spécialisation en littérature, interculturalité et francophonie influence-t-elle aujourd’hui votre vision du monde ?
M. Dhoimiri : Elle m’a appris à voir la diversité culturelle comme une richesse et non comme une différence qui sépare. La littérature, notamment, permet de comprendre l’autre, ses réalités, ses émotions et son histoire. Aujourd’hui, j’essaie d’adopter une vision plus ouverte, plus humaine et plus attentive aux réalités sociales et culturelles qui nous entourent.
Al-Mashawiri : Quels souvenirs gardez-vous de vos années d’études à Madagascar ?
M. Dhoimiri : Je garde de très beaux souvenirs de Madagascar. Ce fut une expérience humaine et intellectuelle très enrichissante. J’y ai rencontré des personnes venues de différents horizons, découvert une autre culture insulaire proche de la nôtre. J’ai développé un esprit plus ouvert et mon leadership à travers notamment les associations d’étudiants en en devenant secrétaire général, vice-président, président etc. J’ai aussi développé davantage mon goût pour la littérature et la réflexion critique. Ces années ont aussi renforcé mon autonomie et ma maturité.
Al-Mashawiri : Selon vous, quel rôle joue le plurilinguisme dans les sociétés insulaires comme les Comores et Madagascar ?
M. Dhoimiri : Le plurilinguisme joue un rôle fondamental. Dans des sociétés comme les nôtres, les langues ne servent pas seulement à communiquer ; elles portent aussi l’histoire, les traditions et les identités culturelles. Le plurilinguisme favorise l’ouverture, le dialogue et la coexistence entre différentes influences culturelles. C’est une richesse qu’il faut préserver et valoriser.
Al-Mashawiri : Vous travaillez actuellement comme Assistant en Communication au PNUD Comores. En quoi consiste précisément votre mission ?
M. Dhoimiri : Mon travail consiste principalement à appuyer la visibilité des projets et actions du PNUD aux Comores. Cela inclut la rédaction de contenus, la gestion de la communication digitale, la couverture d’événements, la valorisation des résultats des projets ainsi que la sensibilisation du public sur les questions liées au développement durable, à l’environnement, à la gouvernance ou encore à la résilience climatique.
Al-Mashawiri : Quelles compétences acquises à l’université vous servent le plus dans votre travail actuel ?
M. Dhoimiri : La rédaction, l’analyse, la communication interculturelle et la capacité d’adaptation me servent énormément au quotidien. Mes études m’ont aussi appris à structurer les idées, à transmettre un message de manière claire et à comprendre l’importance des mots dans la communication institutionnelle.
Al-Mashawiri : Travailler dans une institution internationale comme le PNUD représente-t-il un défi particulier ?
M. Dhoimiri : Oui, c’est un environnement exigeant mais très enrichissant. Il faut savoir travailler avec rigueur, professionnalisme et réactivité. Les enjeux de développement sont importants et la communication doit être à la fois précise, accessible et porteuse d’impact. Cela demande beaucoup d’engagement, d’apprentissage continu et surtout beaucoup d’énergie.
Al-Mashawiri : Quels projets ou actions menés au sein du PNUD vous ont le plus marqué jusqu’à présent ?
M. Dhoimiri : Les projets liés à la résilience climatique, aux systèmes d’alerte précoce - en partenariat avec la République populaire de Chine -, et à la préservation de l’environnement m’ont particulièrement marqué. Ce sont des initiatives qui ont un impact concret sur les populations et qui montrent combien le développement durable est essentiel pour l’avenir des Comores.
Al-Mashawiri : Comment percevez-vous le rôle de la communication dans le développement social et économique des Comores ?
M. Dhoimiri : La communication est essentielle au développement. Elle permet d’informer, de sensibiliser, de mobiliser et de créer du dialogue autour des grands enjeux de société. Une bonne communication peut encourager des changements de comportement, valoriser les initiatives positives et rapprocher les institutions des citoyens.
Al-Mashawiri : Vous êtes également écrivain publié. Comment est née votre passion pour l’écriture ?
M. Dhoimiri : Ma passion pour l’écriture est née très tôt à travers la lecture et l’imagination. J’aimais inventer des histoires, observer les gens et retranscrire certaines émotions ou réalités à travers les mots. Avec le temps, cette passion est devenue un véritable moyen d’expression et de réflexion.
Al-Mashawiri : Votre roman Un amour qui miaule, publié chez Edilivre en 2020, a attiré l’attention par son titre original. Quelle histoire raconte-t-il ?
M. Dhoimiri : Un amour qui miaule est un roman jeunesse qui raconte l’histoire de Naeline, une fillette de onze ans passionnée par les chats. Son amour excessif pour ces animaux l’amène à vivre une aventure étrange dans un monde où les chats parlent, marchent et vivent comme des humains. À travers ce récit mêlant humour, aventure et imaginaire, le livre aborde aussi des thèmes comme la maturité, le courage, la responsabilité et la différence entre rêve et réalité.
Al-Mashawiri : Votre nouvel ouvrage Les Trésors des îles au parfum, publié en 2025, semble évoquer l’identité insulaire. Quel message souhaitez-vous transmettre à travers ce livre ?
M. Dhoimiri : À travers ce recueil de contes et nouvelles inspirés de la tradition orale comorienne, j’ai voulu mettre en valeur la richesse culturelle des Comores ainsi que les valeurs humaines transmises de génération en génération. Le livre parle de justice, de courage, d’humilité, de résilience ou encore de liberté. C’est aussi une manière de préserver notre patrimoine culturel et de montrer que la littérature comorienne a beaucoup à offrir.
Al-Mashawiri : Comment conciliez-vous travail institutionnel et activité littéraire ?
M. Dhoimiri : Cela demande beaucoup d’organisation et de discipline. J’essaie de consacrer du temps à l’écriture dès que possible, souvent en dehors du travail. Mais les deux domaines se complètent aussi : la communication nourrit mon sens de l’observation et l’écriture développe ma créativité et ma sensibilité humaine.
Al-Mashawiri : Vos écrits s’inspirent-ils de votre expérience personnelle ou de réalités sociales observées ?
M. Dhoimiri : Les deux. Mes écrits sont nourris à la fois de mon imagination, de mes expériences personnelles et des réalités sociales que j’observe autour de moi. Je suis particulièrement inspiré par les comportements humains, les traditions, les défis sociaux et les histoires du quotidien.
Al-Mashawiri : Pensez-vous que la littérature peut contribuer au dialogue interculturel et au développement ?
M. Dhoimiri : Absolument. La littérature permet de découvrir d’autres cultures, de déconstruire certains préjugés et de créer des ponts entre les peuples. Elle peut aussi sensibiliser sur des problématiques sociales et encourager la réflexion. C’est un outil puissant de transmission, d’éducation et d’ouverture au monde.
Al-Mashawiri : Quels sont, selon vous, les grands défis de la jeunesse comorienne aujourd’hui ?
M. Dhoimiri : La jeunesse comorienne fait face à plusieurs défis, notamment le chômage, l’accès aux opportunités, l’éducation et parfois le manque de perspectives. Mais je pense aussi qu’elle possède énormément de potentiel, de créativité et d’énergie. Il est important de lui offrir plus d’accompagnement, d’espaces d’expression et de confiance. Le gouvernement ne doit pas la laisser tomber.
Al-Mashawiri : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent poursuivre des études en lettres, communication ou médiation interculturelle ?
M. Dhoimiri : Je leur dirais de croire en leur passion, de beaucoup lire, de rester curieux et de ne jamais sous-estimer l’importance des sciences humaines. Ces domaines développent l’esprit critique, la créativité et la compréhension du monde. Il faut aussi être persévérant et ouvert aux autres cultures.
Al-Mashawiri : Travaillez-vous actuellement sur un nouveau projet d’écriture ou de recherche ?
M. Dhoimiri : Oui, je continue à écrire et à réfléchir sur de nouveaux projets littéraires. Je m’intéresse particulièrement aux récits inspirés des réalités comoriennes, à la mémoire culturelle et aux questions sociales. J’espère pouvoir partager de nouveaux ouvrages dans les années à venir.
Al-Mashawiri : Quel rêve professionnel ou personnel aimeriez-vous concrétiser dans les années à venir ?
M. Dhoimiri : J’aimerais continuer à évoluer dans les domaines de la communication et de la littérature, tout en contribuant davantage au rayonnement de la culture comorienne. Je rêve d’ouvrir ma propre institution culturelle consacrée à la lecture, à la valorisation des œuvres comoriennes et à la créativité de la jeunesse. Mon souhait est aussi de voir la littérature comorienne gagner plus de visibilité au niveau international.
Al-Mashawiri : Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser à vos lecteurs et à la jeunesse comorienne ?
M. Dhoimiri : Je voudrais dire à la jeunesse comorienne de croire en ses capacités et de ne jamais abandonner ses rêves. Les difficultés existent, mais le savoir, le travail et la persévérance restent des clés essentielles pour avancer. À mes lecteurs, je souhaite simplement dire merci pour leur soutien et leur confiance. J’espère continuer à écrire des histoires qui touchent, inspirent et valorisent notre culture.



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