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« Ma Plume » de Younoussa Hassani : quand la solitude devient poème, et l’océan, métaphore de l’âme

Né  à Diboini, aux Comores, Younoussa Hassani signe un premier recueil d’une maturité surprenante. Entre éloge de la plume, méditation sur la nature et exploration des émotions humaines, « Ma Plume » nous invite à un voyage intime où la poésie se fait respiration du monde. Par Dhia Toumi, Ingénieur en informatique. Un Paradoxe Fertile : L’Informaticien Poète

L’histoire éditoriale de « Ma Plume » est intrinsèquement liée à la biographie singulière de son auteur. Younoussa Hassani est un paradoxe vivant, une dualité fascinante qui irrigue chacun de ses vers. Étudiant en informatique, il navigue quotidiennement entre le langage binaire et le langage des sentiments, entre la rigueur des algorithmes et la liberté de la métaphore .

Cette dualité, loin d’être un frein, semble être une source d’inspiration unique. Dans un monde où la technique tend à déshumaniser les échanges, Younoussa Hassani réenchante le rapport au monde par le verbe. Il incarne cette génération connectée qui, paradoxalement, trouve dans la matérialité de la plume et du papier le moyen le plus pur d’exprimer l’âme. Le recueil s’ouvre d’ailleurs sur une présentation autobiographique où il confie que les « moments de solitude » de son enfance à Diboini ont aiguisé sa créativité. Le village, bercé par les « douces brises marines », devient le berceau d’une œuvre qui ne cessera de puiser dans la nature pour s’épanouir.


La Plume, Plus qu’un outil : un Sacrement

Le titre du recueil n’est pas anodin. Dans la première partie introductive, Hassani érige la plume en véritable « partenaire d’expression ». Il ne s’agit pas d’un simple instrument utilitaire, mais d’un prolongement du corps et de l’esprit. L’auteur décrit avec une précision presque charnelle le « mouvement fluide » de la pointe sur le papier, cette « danse harmonieuse, presque magique ».

Cette conception presque mystique de l’écriture relie Hassani à la grande lignée des écrivains du XIXe siècle, où l’acte d’écrire relevait de l’artisanat sacré. Loin du click klaxonant des claviers modernes, l’auteur revendique le froissement des feuilles, le tracé indélébile de l’encre. Pour lui, la plume est ce « fil invisible qui tisse les pensées en des phrases évocatrices ». Dans une époque de consommation rapide des contenus, ce manifeste pour la lenteur et la dextérité manuelle est d’une modernité saisissante.


Une Évocation Panthéiste de la Nature

Si la plume est le pinceau, la nature en est la toile. La deuxième partie du recueil, « Évocation de la beauté de la nature », est un déferlement de paysages. On y entend « Les Murmures des forêts », où les arbres deviennent des « gardiens de l’essence » dont l’écorce usée raconte les siècles. On y admire la chorégraphie violente et gracieuse des « Danses des vagues », où l’océan est décrit comme une scène vivante.

Ce qui frappe dans ces poèmes, c’est l’absence d’une posture surplombante de l’homme sur la nature. Hassani ne décrit pas un paysage qu’il contemple ; il s’y fond. Les éléments sont personnifiés : la mer « chante », le vent « murmure », les saisons « dansent ». On pense parfois aux romantiques allemands ou à un certain Verlaine, mais la mélancolie en moins. Chez Hassani, la nature est une force vitale, un refuge pour l’esprit. Les « pages du printemps » ou « Les soupirs de la terre » célèbrent une union panthéiste où l’écrivain n’est que le traducteur humble des splendeurs du cosmos.

Le poème « Les murmures de l’océan » est à cet égard un sommet du recueil. Hassani y captive la « fureur » des vagues pour mieux en faire un « chant infini », un dialogue entre le minéral et l’humain.


L’Exploration des Émotions : De l’Ardeur à la Mélancolie

Mais le véritable test d’un poète réside dans sa capacité à dire l’intime. La troisième partie du recueil, « Exploration des émotions humaines », oscille avec une habileté remarquable entre l’amour brûlant et la douleur crue.

Sous la section « Amour et passion », les mots prennent feu. Des titres comme « Éternelle étreinte » ou « L’ardeur des flammes » utilisent le registre du feu et de l’incandescence pour décrire la fusion des corps et des âmes. « Dans cette étreinte éternelle / Leurs cœurs s’entrelacent, fidèles », écrit-il, capturant l’instant hors du temps où l’amour semble défier la mort.

Pourtant, cette flamme côtoie l’ombre. La section « Tristesse et douleur », bien que plus courte, est d’une efficacité redoutable. Dans « Échos de l’âme brisée », la douleur devient une « vague qui déferle, furieuse », transformant le paysage marin autrefois serein en un théâtre de souffrance. L’auteur excelle dans l’art du contraste, rappelant que la mélancolie n’est jamais loin dans l’âme humaine, surtout lorsqu’on a connu la solitude dans son enfance.

Mais chez Younoussa Hassani, l’obscurité n’est jamais définitive. La joie et l’espoir reprennent rapidement leurs droits, notamment dans des poèmes dédiés à des figures féminines ou familiales, ancrant l’œuvre dans un humanisme solide.


Transcendance et Quête de Sens

Ce qui distingue « Ma Plume » d’un recueil de poésie lyrique ordinaire, c’est sa pente métaphysique. La partie IV, « Réflexions sur l’existence et la spiritualité », élève le débat. Le poète ne se contente pas de chanter ; il questionne. Dans « Le souffle de l’existence », il médite sur le don que constitue chaque inspiration. Il nous rappelle, dans « Au-delà des frontières », que l’humanité est un « tissu interconnecté ».La quête de transcendance atteint son apogée dans « Vers les étoiles ». Le poète lève les yeux, comme tous les romantiques avant lui, pour interroger l’infini. « Les étoiles sont des phares dans l’obscurité », écrit-il, établissant une connexion directe entre le microcosme du cœur et le macrocosme de l’univers. Cette spiritualité, non dogmatique mais profondément universelle, résonne comme un appel à l’éveil des consciences.


Hommage au Verbe

Enfin, dans un geste auto-réflexif très moderne, Hassani conclut son voyage par un hommage à l’art même de l’écriture. « Le chant des mots » et « Le pouvoir de l’encre » sont des méta-poèmes où l’auteur analyse son propre processus créatif. Il compare l’écrivain à un « 

musicien des phrases » et l’encre à une « substance magique » capable de guérir les blessures.Cette partie agit comme un manifeste. Younoussa Hassani y affirme que l’écriture est un engagement total : « Les mots sont une arme, un bouclier, Contre l’oubli, la peur, l’éphémère. » C’est probablement la clé de lecture la plus précieuse de l’ouvrage : écrire, pour cet informaticien poète, est une résistance contre le néant.


En seulement 82 pages et une dizaine d’euros, « Ma Plume » propose une traversée dense, parfois brute, souvent brillante, des grands thèmes de l’existence. Younoussa Hassani n’a que 25 ans, mais sa plume possède la maturité de ceux qui ont appris très tôt à se servir des mots pour survivre à la solitude.

Bien sûr, le style est parfois classique dans sa forme, mais cette classicisme permet une accessibilité rare. Ce n’est pas une poésie hermétique réservée à des initiés ; c’est une poésie qui se donne, qui s’offre au lecteur comme une main tendue. « Ma Plume » est une bouffée d’air venue de l’Océan Indien, un témoignage que la beauté du monde, la puissance de l’amour et le mystère de l’existence continuent d’inspirer la jeunesse francophone, loin des bruits numériques du monde.

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