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UNE SOCIÉTÉ PRISE AU PIÈGE PAR LE TEMPS"E YAREMWA MBILI HAPVENDZE"

Chaque personne est appelée à servir notre société. Nous sommes tous capables et responsables d'œuvrer dans le bon sens. Je pense, ou plutôt je n'en doute pas, que nous sommes tenus, soit par notre foi, soit par notre humanité, de veiller à l'évolution d'une société paisible, juste et solidaire. BEN ABDALLAH Kamar-Eddine

Animateur culturel – Comédien.

Mais une question me hante au quotidien : jusqu'à quand allons-nous attendre ? Est-ce de la résignation, de la patience ou, tout simplement, de la peur ? Je ne doute pas qu'il existe une cause profonde qui nous bloque encore aujourd'hui. Je dirais même qu'il s'agit d'un frein invisible, mais redoutable, qui nous maintient prisonniers. Sinon, je me demande ce qu'est devenue notre véritable identité. Je suis inquiet. Je suis profondément préoccupé. Si nous analysons un peu notre comportement actuel, celui de nos élites, de nos imams, de nos responsables communautaires, de nos gardiens des cités, des hommes comme des femmes... Je dirais même : nous tous.

En vérité, personne n'est épargné. Nous constatons une réalité troublante : nous sommes tous pris en otage par le temps. Partout, chacun affirme que le temps passe de plus en plus vite. Après une longue réflexion et de nombreux échanges avec mes proches, je me suis rendu compte d'une chose étonnante : malgré ce manque de temps dont tout le monde se plaint, rien ne change réellement.

Nous sommes enfermés dans une course permanente pour assurer notre quotidien. Nous poursuivons, dit-on, une vie meilleure, convaincus qu'en travaillant davantage, nous gagnerons davantage. Pourtant, nous n'avons plus de temps pour notre couple, nos enfants, nos parents, nos proches ou nos amis. Encore moins pour notre foi ou notre vie spirituelle.

En fin de compte, nous avons tout perdu sans rien gagner.

À force de vouloir posséder toujours plus, nous avons sacrifié ce qui avait le plus de valeur. Autrefois, on disait : « Djana tsihuono tabirini nde mana na hupara. »

Aujourd'hui, le mot magique est devenu : « Kutsina amana ya wandru iho. » Dès que le téléphone sonne, certains se disent immédiatement : « Woyi hazingamanyiha nde mana ya para. » J'imagine que je ne suis pas le seul à faire ce constat. C'est un phénomène social qui nous frappe silencieusement, qui nous éloigne les uns des autres avec une incroyable discrétion.


Je ne comprends pas.

Et si l'un d'entre nous trouve enfin le courage d'appeler, voilà la musique que l'on entend : « Bomba pvanu hena usiku amtso hupara. » C'est un véritable piège. Je me pose une autre question : sommes-nous en train de tout rejeter ?

Autrefois, les gens trouvaient le temps de se parler, d'échanger, de partager un repas et de savourer la présence des autres. Il existait une société plus sereine. Il existait une confiance mutuelle. Il existait une véritable solidarité familiale. Il existait un bonheur.

Où sont passées toutes ces valeurs ?


Je ne comprends pas.

Malgré tout cela, nous continuons comme si de rien n'était. Heureusement, certains d'entre nous ont encore le réflexe de s'arrêter pour réfléchir, de dialoguer et de se demander : pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Ce simple acte de prise de conscience mérite d'être partagé. C'est pourquoi je souhaite aujourd'hui vous adresser cette réflexion.

J'aimerais revivre une époque où chacun aimait son prochain, où l'amitié avait une véritable valeur, où la fraternité n'était pas un simple mot, mais une manière de vivre.


Je ne comprends pas.

Je vois aujourd'hui une société qui semble avoir perdu le véritable sens de la dignité, le véritable sens du respect et le véritable sens de la cohésion. Il est où ? Il est où « N'duzamdru Uronvi » ? J'ai besoin d'entendre à nouveau ce si beau slogan.

Nous faisons face à une société qui souffre. Une société qui souffre d'un héritage identitaire, culturel, traditionnel et, surtout, religieux.


Je ne comprends pas.

Écrire ces mots, c'est à la fois exprimer une inquiétude et lancer un appel. Un appel à toutes les personnes de bonne volonté, à tous les hommes et toutes les femmes sensibles au devenir de notre société. Rejoignons-nous pour reconstruire autrement, avant qu'il ne soit trop tard. Je garde cependant l'espoir, car je reste convaincu que les femmes et les hommes honnêtes existent encore. Oui, on les croise certes rarement, mais ils existent bel et bien. Celles et ceux qui prennent le temps de vous dire bonjour. Celles et ceux qui prennent le temps de vous offrir un sourire.

Oui, je l'avoue : de temps en temps, le téléphone sonne et l'on tombe sur un ami de longue date, un ami de la belle époque. De temps en temps, certains nous appellent simplement pour nous encourager et nous soutenir dans une cause ou un projet.

Je m'adresse donc à mes amis, à mes proches et à mes compatriotes : optons pour un comportement digne d'être admiré, respecté et exemplaire.

Car il existe aussi ceux qui disparaissent et ne réapparaissent qu'au moment où ils ont besoin de quelque chose... Tournons cette page.


« Narile emafa emema. »

Nos aïeux nous ont laissé de belles traces : celles de la solidarité, du partage et d'une cohésion sociale forte.

Malheureusement, le mal semble souvent étouffer le bon sens.

Mais je crois profondément qu'ensemble, unis par nos valeurs et notre volonté d'agir, nous pourrons triompher. Seule notre union triomphera à jamais.




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